06.09.2010
Dulignac et les sites de rencontres - Episode 1
Dulignac et les sites de rencontres - Episode 1
- Ok les gars, on lève le pied. L'entraînement est terminé, vous avez bossé comme des forçats au fond de la mine et suffisamment creusé pour mériter une bonne douche, avec bière à la sortie. C’est l’heure de vous éclater avec vos demoiselles ou sans, ce week-end. Je vous vois tous lundi, même heure, même sac au complet et méditez sur l’aspect mental d’avant match. La préparation mentale est avant un match ce qu’une bonne bande-annonce est à un film. A vous de décider ce que vous vous voulez vivre, la semaine prochaine, contre Montauban, les gars, Massacre à la tronçonneuse ou Toy Story 2. Bon week-end, les filles.”
Le Gérard Dulignac est comme ça. Vrai, imposant, incontournable, éléphantesque par sa présence, rhinocérostèque par sa communication, un personnage au sein du village de Rabastens et élu à vie président-entraineur-trésorier-supporter-adjoint-au-maire et commissaire de cette gentille petite ville. (voir Gérard Dulignac, entraîneur du XV de Rabastens)
Antonin ! Crie Gérard Dulignac, comme on siffle son clébard avant qu’il ne commence à choisir l’angle de son jet d’urine sur une devanture de boulangerie.
L’Antonin, le neuf titulaire de l’équipe, rapplique direct et sans poser de question. Avec Gérard, on ne pose pas de question, on y répond et dans les temps.
- Dis moi, Face de Vin, on peut parler deux minutes en solo perso, toi, moi et nous entre quatre yeux et deux nez ?
- Antonin, M’sieur Gérard...Antonin...
- Ecoute, Vogue le Rhin, les blazes ici, c’est moi qui les donne, qui nomme et qui décore. Tu devrais le comprendre depuis le temps, Slip en Pin ?
- Euh...Oui, Mr Gérard...j’avais oublié, j’ai l’esprit ailleurs en ce moment...
- Justement mon p’tit gars, c’est de ça que je veux te bavarder, le temps de te causer une conversation.
- Ah bon ?
- Ben oui. Tu t’imagines que je vais laisser mon neuf couler comme un alcoolo dans sa bouteille de picrate sans t’envoyer le SAMU Dulignac ?
- C’est vrai, M’sieur Gérard, je suis un peu à côté du sujet depuis un mois, je coince sur le terrain mais je vais revenir, vous allez voir !
- Un mois, Lancé De Nain ? Pour être plus précis, étant ton père, ton curé, ton rabbin, ton grand frère, ton idéal de réalisation et ton phare dans ce club, tu dérapes complètement depuis quatre semaines. Quatre semaines où tu me fais un rugby de beginner, un rugby sous Cellophane, un rugby sans saveur et sans odeur, un genre mayonnaise mal bouffe world music périmé.
- M’sieur Gérard, je m’en rends compte, laissez moi juste un peu de temps.
- Ecoute Prend Ton Train, faut pas me la faire goulasch à la déconne et soupe à limace. Je te vois jouer comme un handicapé allocataire à la COTOREP, vivre ton rugby comme un prévenu qui vient d’accueillir deux décennies de violon pour crime passionnel, le penser comme un sans papier avant une reconduite à la frontière, le respirer à la paille comme un asthmatique en plein bouillon et tu sais quoi ?
- Euh...non, M’sieur Gérard ?

- Tu as peur, tu transpires la trouille, tu suintes le gémissement, tu dégages de la phobie ambiante, tu joues avec un caddie rempli de déceptions et d’approximations rugbystiques, tu dégoulines de médiocrité. Voilà, j’ai dressé l’état des lieux. Qu’est ce que tu en penses, A Deux Mains ?
- Je ne sais pas, M’sieur Gérard...je ne sais plus trop...
- Moi je sais, Crevette de Singe, je sais ce qu’il se passe dans ta tête d’écorché vif sans anesthésie et crois moi, le Gérard, quand il sort son périscope intuitif made in Rabastens, il vise et touche toujours au centre de la pastille rouge, celle qui fait gagner la grosse peluche rose. La fête foraine et ses stands de tir, c’est ma muse, ma seconde nature. Donc, t’as un problème de coeur et sans faire dans le gravelos, toi et ta bite jouez les vieux garçons. Exact ou je vise comme le général Maginot ?
- Je n’aurai pas utilisé ces mots mais c’est un peu ça...
- Un peu ? Mais on est un plein dans la story de ton histoire, au coeur de ton éruption de malaise, de l’intrigue sans trique et d’abandon de poste. Car tu vois, Rentre ton Sein, que tu pleures au Mur des Lamentations des cocus de l’historiette du palpitant, après tout, pourquoi pas, mais que ton état ait des répercussions sur le terrain, ça non.
- M’sieur Gérard, je vais....
Oulalala mon pauvre Pêche au Fin, même le gars qui a un cancer généralisé devient le roi du déni, s’inscrire en faux est une seconde nature pour les condamnés de la vie, ça préserve du réel granitique et repousse la mort au rayon des utopies. Ou alors ça joue les héros et on est dans du mauvais James Bond de quartier avec plantade royale en fin de parcours et sans effets spécieux. Ecoute moi, Jus de Raisin, ou tu prends en charge ta palette de difficultés ou tu croupis dans ta réalité de déni en kit. Faut choisir. Alors, qu’est ce que tu commandes ?
La suite l'un dit pro-chien. (je sais, c'est tiré par les couettes mais je n'ai trouvé que ça, ce matin.)
07:34 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rabastens, rugby, femme, de villiers, jérusalem, lucho, site de rencontres
05.07.2010
Ma soirée chez Eurofactor
Ma soirée chez Eurofactor
Affalé dans le canapé en tenue du dimanche, étudiant consciencieusement le journal Midi Olympique et les statistiques rugbystiques de Paris, ma femme me prit de court en me posant une question présageant une inévitable suite :
Pourquoi n’irais tu pas à cette soirée ?”, l’invitation d’EUROFACTOR entre ses mains et regard insistant.
Depuis bientôt deux ans, j’ai créé un code de bonne conduite entre elle et moi.
Notre pacte stipule que pendant un match télévisé et la lecture d’un journal sportif, j’ai le droit de ne répondre à aucune question d’ordre professionnelle et domestique.

J’avais imaginé l’idée de cette règle de non-agression pendant un France Irlande 2007 et les multiples questions de ma belle sur le pourquoi du comment de l’emplacement d’un miroir oeil de boeuf dans la salle de bain. Fallait prendre une décision pour l’avenir de mon couple ou c’était la sortie de route assurée et sans airbag.
En échange, je lui ai promis de ne plus critiquer son abruti de frère, de ne plus laisser trainer mes chaussures n’importe où dans le salon et d’éviter de parler politique avec son père. Cela se joue à peu de chose une bonne harmonie de couple. C’est un subtil mélange d’équilibre entre ce qui n’est pas négociable et ce que je peux éventuellement tolérer.
Donc, sa question surgit comme une corne de brume en pleine méditation zen.
Voyant que la moyenne d’essais par match de Paris était plus prenante que son intervention, ma chérie réitéra sa demande en la finissant par une proposition de brunch.
Je levais mes yeux interrogateurs vers elle et fronça mon sourcil droit comme toute réponse. J’avais vu la scène avec Samuel L. Jackson dans “Jackie Brown”, et la fille était repartie directement dans la cuisine.
- Je lis” dis-je, pour lui rappeler notre accord tout lui montrant mon journal.
- Qu’est ce que tu veux que je fasse, là-bas ? Manger des petits fours et serrer des paluches à des gars que je ne connais pas ? Montrer mon dernier costume tout en dissertant sur la baisse de la hausse du marché de l’affacturage ? Mon job, c’est de faire signer de bon contrat de factoring à des chefs d’entreprises, pas d’écouter, en prenant un air intelligent, des paquets de digressions de courtiers devant un buffet garni.”
A peine fini ma phrase, qu’elle me démontra par un tsunami d’arguments chocs que mon attitude est aux antipodes de ma curiosité professionnelle. Et qu’étudier le pourcentage du nombre de pénalité réussies par le Stade Francais, saison 2008 / 2009, n’allait pas me tenir au courant des dernières infos de ce marché financier.
Voilà comment je me retrouve, une semaine après, devant un buffet abondant, et parmi une foule de gars qui font le même métier que moi.
Avant l’espace détente du buffet, il y a un discours d’un ponte qui maitrise tout l’affacturage comme son Blackberry. Dès la fin de son allocution, volontaire et motivante, et un soupir de soulagement perceptible dans les rangs des courtiers, tout ce petit monde se dirige vers le lunch dans un seul et même mouvement, comme les départs de vacances scolaires, embouteillage compris.
Je serre quelques poignées de mains avec mes contacts d’EUROFACTOR, l’ambiance est détendue et bonne enfant. Un courtier s'incruste dans ma conversation avec un commercial et j’en profite pour aller me servir un verre de Bordeaux.
Un costume gris s’avance vers moi et me demande :
Vous êtes de MDH factoring ? J’ai lu votre livre.” http://www.amazon.fr/Affacturage-Version-Troisi%C3%A8me-M...
Mon badge épinglé sur ma veste, très gentiment offert par une pulpeuse hôtesse, me rappelle que je ne suis pas anonyme.
L’intonation froide de sa prise de contact me rappelle étrangement une séparation avec une ex. Elle avait très gentiment commencé la conversation, par un : “Il faut que je te parle”, ce que mon intuition masculine avait tout de suite traduit en : “Il faut que tu fasses ton sac.”
Je sors mon sourire commercial niveau 1 en m’attendant au pire. Je l’examine comme Terminator numéro 3, convertissant la présence physique en informations concrètes.
En un coup d’oeil, je le vois marié. Sa femme travaille chez un assureur-crédit au service marketing et porte un prénom composé. Cet homme est d’étiquette politique version Travailler plus pour Facturer plus, pas du genre à lire les tracts du NPA, manie visiblement l’humour comme ma facilité à parler le Wolof et voit sa belle-mère tous les vendredis soirs. Il a 2 enfants, deux véhicules dont un break de marque allemande, deux maisons dont une secondaire à La Baule et tout plein de placement de bon père de famille strictement sans Madoff. Il vit dans les Yvelines et essaye péniblement de jouer au golf le dimanche avec des collègues de sa profession. J’écris péniblement car à le voir aussi raide devant moi, je pense que son swing doit finir dans les bois. Ce n’est pas le profil à dépasser les 0,5 grammes avec ses potes et, à ses heures perdues, collectionne les timbres postes de l’ex Europe de l’Est depuis la chute du Mur de Berlin.
Mon cerveau le trouve physiquement parfait dans son rôle de courtier d’assurance.
Le modèle sans saveur et sans odeur mais qui rassure son monde, c’est à dire efficace.
Je m’autosatisfait de mes capacités de profiler, tout en choisissant un toast tarama.
Il me dit très simplement qu’il a apprécié, voire qu’il trouve l’ouvrage original.
C’est un bon début. J’apprécie les compliments, en fait je les adore. Je lui réponds, avec une humilité toute travaillée que ma contribution au débat de l’affacturage est somme toute dérisoire. Après un quart d’heure de conversation et une demi-bouteille de Bordeaux, il prend congé et disparaît dans un groupe de costumes gris qu’il connaît visiblement bien.
Je replace mon badge bien en vu en attendant un prochain aficionado au buffet.
Un bonjour résonne derrière moi, c’est Christian, un collègue et excellent courtier.
Avec Christian, on se cherche toujours sur nos surcharges pondérales.
A deux on a 20 kilos de trop, 15 pour lui et 5 pour moi. On entame une discussion autour d’un probable régîme minceur à base d’algue et on conclu le tout par un éclat de rire spontané qui confirme que nous ne sommes pas prêt à lâcher la cuisine du Sud Ouest pour un hypothétique profil de manequin.
Je lui désigne, discrètement du menton, le courtier raide en costumes gris.
“ C’est qui lui ? J’ai rarement vu un type porter aussi mal le costume.
Il se retourne tout en finesse avant de me répondre, se sert un verre de Gamay et scanne le buffet pour y repérer une gaterie à avaler.
Christian est le seul type que je connaisse qui a des silences qui en disent plus long que des mots.
“ Ce type gagne des commissions très importantes par an, à coté je suis un gamin.” Christian ! Un gamin à coté ? Il est du calibre de Daniel Boutin, le gars ?
Qui c’est ce Boutin, me demande t-il en hésitant entre une merveille de toast à l’avocat et un assortiment de crevettes au fenouil.
Souviens toi, le gars premier de la classe en tout depuis l’âge de 14 ans, président de la Société Générale, qui perd 5 milliards en 2008 comme moi j’égare un billet de 20€ dans la poche de mon jeans parti dans la machine à laver et qui s’octroye dans la foulée, une prime de résultat équivalent à 4 siècles de SMIC.
Non, non, pas à ce niveau mais c’est du haut de gamme, du très lourd.”
L’échelle de valeur des gains du courtier des Yvelines me ramène au rez-de-chaussée de la tour d’EUROFACTOR. J’ai du boulot pour monter d’un étage.
Je l’ai eu près de moi pendant 20 minutes et sans le savoir, je m’adressai au number one des contrats d’assurance-crédit, le tireur d’élite de l’affacturage, le boulimique des commissions, le king des experts.
J’ai serré la main à l’homme qui parlait à l’oreille des factures, la fine gachette du BFR, le petit Père du poste-clients et il a aimé mon livre ! C’est grandiose.
Elle avait raison ma belle, on en apprend toujours sur ces soirées.
Je regarde mon portable, l’heure et la bouteille vide m’indiquent un retour à la casa.
Ce fut une belle soirée. EUROFACTOR sait toujours motiver son réseau de courtier et offre une qualité de services égale à la finesse de son buffet.
Mon Livre : Affacturage Version 3eme Mi-Temps
http://www.amazon.fr/Affacturage-Version-Troisi%C3%A8me-M...
Fin
Normalement, je prends des vacances...on se revoit en août, par là, mes chers lecteurs.
La bise à tous.
18:44 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : rugby, boutique de lucho, courtier, eurofactor, femme, kandahar, lucho, le sport, midi olympique, stade français
28.06.2010
Mon match contre les Nawacks - Episode 2
Episode 2 - Le semblant de match
Coup de pied d’engagement de Jeannick
Récupération des Nawacks
Maul structurant avançant d’un mètre
Sortie par le neuf des Nawacks et départ au raz d’un gros
Re maul structurant avançant de deux mètres
Sortie par le neuf des Nawacks et départ au large.
Le 10 choisi autant l’inter que l’exter.
La cavalerie Nawack déroule, jeu de passes, tous les arrières ont leurs portions de ballon et pas un ne laissent de miette sur le terrain. Du travail propre et sous garanti, kilométrage illimité, pièces et main d’oeuvre compris.
Vous multipliez cette phase de jeu par huit et vous avez le résultat final. 8 à 1.
1? Khaled a eut le nez et après une course de 17 mètres s’en va aplatir la boule sous les poteaux. Ca nous évite d’être fany.
Mais que c’est-il passé au juste ?
C’est à moi que l’on pose la question ?
Oui.
A la mi-temps, 4 à 0 pour les nawacks, tous les gars on y vont de leur prose pour réveiller le groupe. A chacun son couplet pour la Patrie, voix tremblotante, paumes des mains vers le ciel à implorer et réveiller les dieux du stade. Mais le 1er mai, même les dieux sont au défilé pour les retraites. Tout fout le camp.
Jeannick nous a demandé si on était là pour jouer au rugby ou au Scrabble. Question posée sérieusement par un breton à jeun. Notre silence assourdissant a répondu pour nous. Il a prit acte.
Khaled, toujours à dédramatiser, nous demandait juste de préparer la tournée et peu importe le résultat. Khaled, c’est le gars idoine pour accompagner un détenu vers la chaise aux 100 000 volts. Il est capable de trouver les mots pour que l’autre y aille total détendu. Une perle de médiateur, un anesthésiant rugbystique, l’euthanasie dans la bonne humeur.
Etienne le neuf, pote de Seb, nous harangue et titille notre fierté, l’orgueil, le don de soi, Jeanne d’Arc, le Pont d’Arcole, l’appel de 18 juin, notre amitié, le débarquement de Normandie, Verdun, nos ancêtres, Vercingétorix, Paris libéré, la résistance, Jean Moulin, France Nouvelle Zélande 2003, le vase de Soissons, le drapeau Bleu Blanc Rouge, nos couilles aussi, mais rien n’y fait.
Bilchel, dès qu’un gars reprenait sa respiration pour continuer sa déballe sensée remonter le moral et l’implication des troupes, nous demandait d’être plus agressif, beaucoup plus agressif. Méchant dans le texte.
Mais comment croire Bilchelberger, le pote idéal, le compagnon divin, le bûcheron de sa dame, le père rêvé, un condensé de générosité sans adjuvant bobo, la gentillesse incarnée dans 110 kilos de muscles bios, le sourire anti déprime, l’attitude protectrice, le regard patriarcal qui redonne vie à une famille décomposée avec ado en phase terminale de conneries, le rire qui ramène la vie, une deuxième fois, à Lazare, l’Air Bag anti violence, le Gandhi du Poly.
Si Mère Thérèsa, que le Vieux ait son âme, te demandait de mettre une raclée à un chieur. T’irais ? Non parceque tu n’y croirai pas. Pareil pour la Meule de Vincennes.
Le Quintin, dents serrées, mâchoires soudées, casque vissé répétait à intervalle régulier, comme un mantra Sanskrit, faut les détruire, faut les casser, faut les flinguer, faut les niquer, faut les descendre, faut enterrer, faut les dessouder, faut démonter, faut les enfoncer, faut les bouffer, faut les cuisiner, faut les dévisser, faut les Quintiniser.
François, le nouveau venu, regardait tout ça en se disant que, décidément, il avait bien fait de venir, malgré la roustre annoncée, parceque les profils des gars étaient pile poils folklo et qu’il allait bien se marrer ici.
Lucho s’est crû obligé de lâcher son couplet sur le plaisir d’être ensemble et la chance de jouer au rugby. Il n’a pas eu le temps de finir que les gars lui ont tourné le dos dès le mot “plaisir” et s’est retrouvé seul à finir devant les blessés qui eux, n’avaient aucune raison de retourner à l’abattoir.
Voilà.
Dernier entraînement samedi prochain, avant les vacances.
Fin et à bientôt.
13:16 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : arias, boutique de lucho, folklo, l'équipe, le sport, lucho, rugby, stade français
21.06.2010
Mon match contre les Nawacks - Episode 1
Les gars arrivent au match et tranquille tranquille...
Match contre les Nawacks. Temps ensoleillé, terrain béton armé non homologué NF, aucun supporter. Bon arbitrage. 1ere mi-temps par un gars des Nawacks très pédagogue, en formation à l’IUFM 1ere année. 2eme mi-temps par notre Trad, sérieux, à l’écoute des réflexions et suggestions des joueurs pour son premier match d’arbitre. Bravo Philippe. Score à la mi-temps 4 à 0 pour les Nawacks. Score fin de match 8 à 1, essai de Khaled.
En face, 27 gars avec femmes, enfants et organisation rodée de gens du voyage.
Le déplacement chez les Nawack n’est pas du ressort de l’imprévu mais plutôt du calculé scientifique, analysé de chez IPSOS, itinarisé Michelin.
Polygone Sainte Marie de la Mer pour cette équipe, c’est du Nation République pour le quidam moyen.
10H14. J’arrive et je nous compte 10 avec ma pomme, ça sent l’absentéisme à plein nez, le séchage de cours de fin d’année, le jour férié chômé et glandouillé, the day off.
Jeannick est avec Etienne, un pote de Seb. Il y a une autre nouvelle bobine, un pote d’Etienne et Quintin, pote de tout le monde, tous assis sur les marches des vestiaires comme des roumains en attente d’éventuels entrepreneurs devant Point P. Ca ne respire pas la joie, ni l’envie, tout juste le jeton de présence et la fiche de paye de misère au black.
10H17. Alexis apparaît, les cernes sous les yeux de jeune papa.
10H19 Laurent, le trésorier fictif des Potos, sourire aux lèvres et débonnaire.
10H21 Zappi, toujours blanc comme neige.
10H23 Doc conclut et sans gyrophare.
Ce compte goutte des arrivées nous indique que la réserve de joueurs est déjà en zone rouge pas loin de la panne sèche.
On est 14 et la certitude que ça ne va pas être coton, comme on dit sur les berges du Mississippi ou dans le Sentier, face à des stocks d’invendus après les soldes.
Les vestiaires étant fermés pour cause de Fête Nationale, on se déshabilla candide et rieur près du terrain, les rayons du soleil caressant l’innocent feuillage verdoyant des arbres, peut être centenaires, qui par leurs présences discrètement imposantes mais si protectrices, nous accompagnèrent vers cette matinée d’indicible joie à partager avec pudeur et sans retenue, s’offrèrent le témoignage de notre insouciance d’avant match et de légèreté champêtre, la fleur au ballon et les crampons moulés.
Le genre d’informations dont on se contrefout mais fallait bien que je trouve un lien avec l’arrivée de François à ce moment là et y mettre la forme.
Jean-Luc ?
Je tourne la tête et je reconnais de suite le gars que je n’ai jamais vu.
T’es François, le pote de Michel ?
Oui qu’il me dit, soulagé des présentations express ce qui lui évite de mentir sur son rôle à la DGSE.
On est 15, le compte y est.
François est deuxième ligne, un pote de Michel. On ne lui pose pas de questions sur ce qu’il fait dans la vie vu qu’il y a 9 chances sur 10 pour que cela soit classé Secret Défense. De toute manière, on n’est pas là pour ça.
Donc, on est 15.
Alors, ce match ?
J’arrive, les gars. J’enveloppe, je présente, j’affine, je cale l’histoire avant de vous la servir avec juste ce qu’il faut comme mousse d’intérêt.
Blessure de Laurent à la 17eme minute de l’échauffement. Epaule droite.
Blessure de Berbert à la 17eme minute du match. Claquage aux ischios jambons.
Sortie de Seb assez rapidement pour oreille droite défectueuse.
Dans ce genre de match, blessé, c’est le poste idéal, le seul où tu es inattaquable sur le résultat final. En plus on t’applaudit quand tu sors. Des fois, je les envie.
On est 12.
Les Nawacks nous avancent sans caution, deux de leurs gars, des bons.
En général, l’équipe qui dépanne en joueurs propose ceux qui ne jouent jamais mais qu’il faut faire rentrer parceque c’est dans l’esprit folklo et surtout parceque le gars passe 75 minutes sur le banc à regarder ses potes s’amuser comme de joyeux drilles.
A la limite, ce n’est pas grave mais vu que c’est le même qui ramène inlassablement les bières tous les samedis, dans un souci d’intégration et de renouvellement de carte de séjour au club, faut faire un geste. Le faire jouer coûte que coûte pour assurer les boissons.
Si on peut faire une BA en affaiblissant l’adversaire, on ne va pas se gêner.
Vous voulez Deux joueurs ? Chico et Roberta, vous passez en face et fissa !
Les deux gars courent vers l’équipe adverse comme s’ils étaient sélectionnés pour le Tournoi des 6 Nations. Liévremont les regarde, tout le Stade de France aussi et c’est le moment de prouver à leurs potes qu’ils ne sont pas que fournisseurs de bières le samedi.
C’est fou ce que la frustration peut génèrer comme émulation. Mais je m’égare.
Les Nawacks nous ont placé du solide, des gars concernés et attentifs au jeu. Merci.
Mais le match, quoi !! Y vient quand ?
Zénervez pas les gars. Déjà que je me pose un dimanche matin pour vous faire un compte rendu ciselé Compagnon de France, du bénévolat avant la messe, de la gratuité littéraire pour l’équipe, du militantisme rugbyssien, du tractage de marché, du porte à porte associatif.
Faut pas pousser pépère dans les orties. Laissez moi trouver mon verbe, mon rythme et ma sucrette.
Le match, j’y viens.
La suite, lundi prochain, le jour de fermeture des boulangers.
14.06.2010
Jean Killafond - Episode 7 et fin
Ouahhh la vache ! le Jean qui n'en revient pas.
Dix neuf mails dont dix sept me vantent un produit pour avoir un sexe démesuré. Les greffes de bite de poney, ce n’est pas mon truc. Je laisse ça aux complexés du zob, aux insatisfaits de la verge, aux toujours plus du gland. Je méprise et je base. Le dix septième est une invitation d’une jolie donzelle à se rencontrer (je suis inscrit sur un site de fesses, pardon, de rencontre). Je look le diminutif de la belette et programme un appel à 19H30, vers la virtuelle et bientôt réelle Sandra. A cette heure ci, si elle bosse, elle sera sortie du taf ou toujours dans son canapé si elle a le même statut que moi. Quand ma libido se réveillera, sûrement dans la journée, j’actionnerai son 06.
Et si le 06 était le point G ? C’est un autre sujet et pour une prochaine histoire mon lecteur.
Le dix neuvième est une invitation/confirmation pour le match de rugby de samedi prochain contre les RUSH. Enfin, une vraie info.
Un coup d’oeil sur l’équipe à rencontrer à partir du lien et hop ! Je me retrouve directement sur la page d’accueil des RUSH comme si je rentrais chez mon voisin donner mon avis sur son papier peint et la mise en pli de sa dame. C’est merveilleux Internet, on rentre chez les gens sans sonner et la lourde est déjà ouverte. Même pas une concierge pour me rappeler de m’essuyer les pieds sur le paillasson. Donc, je rentre.
Et là, c’est la douche froide, la chute du Niagara à 8° sur ma tronche ! L’émotion, c’est léger comme terme, c’est plutôt le coup du lapin façon le Yéti de Lhassa, la baffe A/R on my face, l’uppercut qui remonte à la glotte, le direct sur mon tarin en prime time du 20H, le crochet à 180° à la pointe du menton, la gauche made in Tyson, l’Exocet sur mes Malouines, le couteau du boucher à travers ma couenne, le Thalys en pleine vitesse dans les jambes, le spam qui te pourrit le disque dur, le Julienas à 80€ la boutanche bouchée et vinaigrée. J’arrête là, tu as compris lecteur que c’était du lourd de weight, du grande taille pour big problème, l’incompréhension en guise de KO avec vapeurs et chandelles en tombé de rideau de fin de spectacle.
Je te le donne en mille, ma glace à la vanille et je tourne mes deux webcams sept fois dans leurs orbites pour vérifier si j’ai bien déchiffré, compris, assimilé, si j’ai bien lu et dans l’ordre les caractères latins disposés devant mon regard d’attardé étonné et de chômeur longue glandouille. Y’a rien à faire, je lis, je décrypte, je transcrit, je converti, je con vers lui : RUSH ou le Rugby Union Sportive des Huissiers.
C’est quoi c’bordel ?
Après l'Hémorroïde de l’impayé de ce matin, va falloir que je m’en farcisse 15 samedi et en short. P’taing ! Qui disais le César quand le scénar du film lui échappait et que la belle Fanny se dorait la pilule avec son Marius. P’taing de la vache! que je lui réponds en écho 40 ans après avec un club d’huissiers dans mes bras.
Sri Rabenandtrana Machin, un curé hindouiste du fin fond de l’Inde que j’ai connu du temps où j’utilisais du papier Job plus que le papier hygiénique, m’aurait dit que l’on vit ce que l’on s’attire, ce que l’on est, ce qu’on pense. Je lui répondrai que j’ai vu le satyre ce matin et me le refaire en short samedi prochain, c’est pousser pépère dans les orties, non ?
Non
Bon.
J’affronte, je ne me défile pas comme un bas de nana en fin de vie, je regarde mon destin dans les yeux et sans baisser mes pauvres pierres, j’assume et je prends une décision.
Mais laquelle ? Faire le match contre ces trous du culs de la dette à devoir ? Déclarer forfait et le re-programmer en 2145 ? Et je leur dit quoi à mes potes qu’attendent ce match comme mon fils son tour de manège ? J’leur dit que c’est des huissiers et qu’après avoir raqué, dans les conditions que tu sais, toi lecteur, 4500€ en une fois par chèque à déposer à la fin du mois, je ne me sens pas de les rencontrer. Mais je vais passer pour qui ? Pour quoi ? Pour un sous rien qui n’a pas les burnes d’affronter son futur ? A peine son présent ? Et qui flippe quand on évoque son passé ? Fiente de pigeon, Jean ! Voilà ce que tu es devenu. De la crème de pus qui s’auto-infecte tout seul.
La tête me tourne ou c’est moi qui tourne autour mais le sol et les idées sont floues et bancales. Va falloir se remettre au niveau rez de chaussé, stopper cette dégringolade vers la cave, reprendre sa fierté de mec qui en veut, de gonze à l'ego saignant, d’homme, quoi.
Reprenons dans l’ordre d’un PMU gagnant :
Un huissier fait irruption dans mon sweet chez moi in my home.
Après palabre, j’allonge plus de 300 millions d’anciens centimes de Francs des années 1950, soit 4500€ en 2010.
Un job me trouve et je commence mon rôle de kapo, sans l’uniforme, dès mercredi.
Une Sandra attend un coup de fil de ma part et je sens qu’elle a le berlingot qui palpite et le décolleté avenant comme une nationale deux voies et plus si affinité.
Je dois confirmer un match samedi prochain, au plus grand bonheur de mes potes.
Ce match, c’est contre quinze huissiers, sans compter leurs remplaçants.
Et mon café s’est refroidi.

Il est où le problème me susurre le Dieu de l’Ovalie, dans l’oreille. T’es première ligne dans ton équipe ? Tu fonces, tu casses, tu déblaies, tu concasses, tu nettoies, anesthésies, tu puzzles. En un mot, tu javellise le terrain pour que d’autres puissent y développer un beau jeu, ce que tu ne sais pas faire. Et t‘as peur ? Mais de quoi, croupion de caille, hein ? De ton ombre de gratin de looser ? D’allocataire qui s’terre ? Du con dira thon ?
Moi, peur ? Du tout. C’est un match comme un autre à jouer dans un esprit de convivialité et de respect contre une équipe de cloportes infréquentables. Pas plus.
Alors ? insiste cette voix grave dans le creux de ma feuille. T’y vas ou tu te circonstances atténuantes ? Tu te planques derrières tes peurs ou t’investis Bobino ? Tu te terres dans la case des “c’est la faute de la société” ou tu brâmes pour marquer ton territoire ? Va falloir choisir, crème de paresse, parceque tu n’as qu’une vie et qu’elle passe à la vitesse d’un TGV. Et quand tu t’en apercevras, sombre quiche, tu seras en pyjama devant une téloche au milieu de grabataires entrain de regarder le Jean-Pierre Pernault des années 2060, t’expliquant la cueillette des groseilles en pays d’Artois ? C’est ce que tu veux ?
Non, tout sauf Jean-Pierre Pernault, mieux vaut un exil en Corée du Nord ou des vacances avec Khadafi.
Je ne me débines pas et je confirme rapido et en un clic de souris du fond de mon clic clac.
Je reprend le cours de l’article où Parisse fait un délice de passe à Arias qui s’en va seul à l’essai après une course de 40 mètres. Un truc que je ne saurai jamais faire à mon âge et qui, je te l’avoue lecteur, que je n’ai jamais fait de toute ma carrière.
Ne rien glander dans un canapé en sachant qu’un job m’attend dans deux jours est un bonheur unique à vivre, l’apothéose du feignant, le compte à rebours vers la jouissance, les préliminaires du futur salarié où chaque heure est un délice de feignassitude, l’aubaine du chômeur et la fierté du futur “en activité”.
Autant dire que je lévite comme le Dalaï et son lama et me laisse aller à un petit somme après toutes ces émotions. Je sombre doucement dans les bras de Ginette Morphée, la bouche en cul de poule lâchant des petits ronflements ressemblant à des pets de pékari.
Petit papa Noël, quand tu descendra du ciel, n’oublie pas mes petits souliers ! Petit papa Noël, quand tu descendra du ciel, n’oublie pas mes petits souliers !
La sonnerie retentit dans l’appartement ! Jean affalé sur le canapé, ouvre une mirette, deux miros et regarde machinalement l’heure sur son portable. Lundi 9H30. Hein ? Quoi ? On sonne ? Qui ? Pourquoi ?
Petit papa Noël, quand tu descendra du ciel, n’oublie pas mes petits souliers ! Petit papa Noël, quand tu descendra du ciel, n’oublie pas mes petits souliers !
La vaca ! Le rêve de cauchemar que je viens de faire, lâche t-il en soulevant sa carcasse à moitié endormie et se dirigeant doucement vers la porte d’entrée, des limbes de rêves encore en tête.
Petit papa Noël, quand tu descendra du ciel, n’oublie pas mes petits souliers ! Petit papa Noël, quand tu descendra du ciel, n’oublie pas mes petits souliers !
Ok ! Ok ! J’me lève...j’arrive...ouais ! ouais ! p’taing de sonnerie ! Suis là...
C’est du grand n’importe quoi ce rêve, se dit-il, l’indéchiffrable qui met mal à l’aise, le scénario qui te gastroentérise, le petit somme qui t’assomme. Pour une fois, la sonnette spéciale 25 décembre sauve Jean et coupe ce mauvais film comme une censure du CSA.
- C’est qui à cet’heure matinale et un lundi ? On peut plus glander tranquille dans son canap un lundi matin à 9H...je rêve !
Coup d’oeil à travers la petite loupe de la porte qu’il refusait d’appeler Juda, sans doute à cause de ses origines juives. Il aurait aimé que l’on nomma cet espion un Jacques, voire un Mamadou mais un Juda et tout ce que cela comportait comme apriori et bien ancré dans le conscient collectif comme un avis exécutoire d’un huissier, était à jamais, pour Jean, un défaut technique de toutes les portes d’entrées de France et une tâche sémantiquement indélébile dans le dictionnaire français.

Un juda ou comment colporter et incruster à travers le temps et les portes, un ersatz d’antisémitisme validé par tous les magasins de bricolage.
Il était d’ailleurs étonné que le CRIF, le Conseil représentatif des Associations Juives de France, n’ait pas pris ce problème à bras le corps pour le mettre au menu des débats du prochain dîner annuel de cette même association cultuelle, réunissant lors de cette petite sauterie, le caviar actuel des politiques français condescendant aux peurs réelles ou supposées des délégués de la communauté juive française.
Entre les visées nucléaires, à but civil, militaire et festif de l’Iran qui font franchement flipper les voisins qui n’en dorment plus et le rôle ambigu de la Syrie, voire néfaste pour la région, le juda, comme appellation technique servant à espionner un visiteur sans que celui ci ne s’en aperçoive, aurait eut toute sa place comme thème sémantiquement épineux.
Il n’y a plus de petits sujets.
Regard fatigué, Jean jeta un coup d’oeil à travers la porte et vit trois gars décidés.
Plutôt très en forme.
Et merde...
Terminé lecteur. A très plus.
07:54 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : boutique de lucho, chomage, dieu, femme, huissier, jérusalem, lucho, midi olympique, parisse, rugby
07.06.2010
Jean Killafond - Episode 6
Ne me dites pas que ce n'est pas vrai ???
Dix neuf mails dont dix sept me vantent un produit pour avoir un sexe démesuré. Les greffes de bite de poney, ce n’est pas mon truc. Je laisse ça aux complexés du zob, aux insatisfaits de la verge, aux toujours plus du gland. Je méprise et je base. Le dix septième est une invitation d’une jolie donzelle à se rencontrer (je suis inscrit sur un site de fesses, pardon, de rencontre). Je look le diminutif de la belette et programme un appel à 19H30, vers la virtuelle et bientôt réelle Sandra. A cette heure ci, si elle bosse, elle sera sortie du taf ou toujours dans son canapé si elle a le même statut que moi. Quand ma libido se réveillera, sûrement dans la journée, j’actionnerai son 06.
Et si le 06 était le point G ? C’est un autre sujet et pour une prochaine histoire mon lecteur.

Le dix neuvième est une invitation/confirmation pour le match de rugby de samedi prochain contre les RUSH. Enfin, une vraie info.
Un coup d’oeil sur l’équipe à rencontrer à partir du lien et hop ! Je me retrouve directement sur la page d’accueil des RUSH comme si je rentrais chez mon voisin donner mon avis sur son papier peint et la mise en pli de sa dame. C’est merveilleux Internet, on rentre chez les gens sans sonner et la lourde est déjà ouverte. Même pas une concierge pour me rappeler de m’essuyer les pieds sur le paillasson. Donc, je rentre.
Et là, c’est la douche froide, la chute du Niagara à 8° sur ma tronche ! L’émotion, c’est léger comme terme, c’est plutôt le coup du lapin façon le Yéti de Lhassa, la baffe A/R on my face, l’uppercut qui remonte à la glotte, le direct sur mon tarin en prime time du 20H, le crochet à 180° à la pointe du menton, la gauche made in Tyson, l’Exocet sur mes Malouines, le couteau du boucher à travers ma couenne, le Thalys en pleine vitesse dans les jambes, le spam qui te pourrit le disque dur, le Julienas à 80€ la boutanche bouchée et vinaigrée. J’arrête là, tu as compris lecteur que c’était du lourd de weight, du grande taille pour big problème, l’incompréhension en guise de KO avec vapeurs et chandelles en tombé de rideau de fin de spectacle.
Je te le donne en mille, ma glace à la Vanille et je tourne mes deux webcams sept fois dans leurs orbites pour vérifier si j’ai bien déchiffré, compris, assimilé, si j’ai bien lu et dans l’ordre les caractères latins disposés devant mon regard d’attardé étonné et de chômeur longue glandouille. Y’a rien à faire, je lis, je décrypte, je transcrit, je converti, je con vers lui : RUSH ou le Rugby Union Sportive des Huissiers.
C’est quoi c’bordel ?

Après l'Hémorroïde de l’impayé de ce matin, va falloir que je m’en farcisse 15 samedi et en short. P’taing ! Qui disais le César quand le scénar du film lui échappait et que la belle Fanny se dorait la pilule avec son Marius. P’taing de la vache! que je lui réponds en écho 40 ans après avec un club d’huissiers dans mes bras.
Sri Rabenandtrana Machin, un curé hindouiste du fin fond de l’Inde que j’ai connu du temps où j’utilisais du papier Job plus que le papier hygiénique, m’aurait dit que l’on vit ce que l’on s’attire, ce que l’on est, ce qu’on pense. Je lui répondrai que j’ai vu le satyre ce matin et me le refaire en short samedi prochain, c’est pousser pépère dans les orties, non ?
Non
Bon.
J’affronte, je ne me défile pas comme un bas de nana en fin de vie, je regarde mon destin dans les yeux et sans baisser mes pauvres pierres, j’assume et je prends une décision.
Mais laquelle ? Faire le match contre ces trous du culs de la dette à devoir ? Déclarer forfait et le re-programmer en 2145 ? Et je leur dit quoi à mes potes qu’attendent ce match comme mon fils son tour de manège ? J’leur dit que c’est des huissiers et qu’après avoir raqué, dans les conditions que tu sais, toi lecteur, 4500€ en une fois par chèque à déposer à la fin du mois, je ne me sens pas de les rencontrer. Mais je vais passer pour qui ? Pour quoi ? Pour un sous rien qui n’a pas les burnes d’affronter son futur ? A peine son présent ? Et qui flippe quand on évoque son passé ? Fiente de pigeon, Jean ! Voilà ce que tu es devenu. De la crème de pus qui s’auto-infecte tout seul.
La tête me tourne ou c’est moi qui tourne autour mais le sol et les idées sont floues et bancales. Va falloir se remettre au niveau rez de chaussé, stopper cette dégringolade vers la cave, reprendre sa fierté de mec qui en veut, de gonze à l'ego saignant, d’homme, quoi.
Reprenons dans l’ordre d’un PMU gagnant :
Un huissier fait irruption dans mon sweet chez moi in my home.
Après palabre, j’allonge plus de 300 millions d’anciens centimes de Francs des années 1950, soit 4500€ en 2010.
Un job me trouve et je commence mon rôle de kapo, sans l’uniforme, dès mercredi.
Une Sandra attend un coup de fil de ma part et je sens qu’elle a le berlingot qui palpite et le décolleté avenant comme une nationale deux voies et plus si affinité.
Je dois confirmer un match samedi prochain, au plus grand bonheur de mes potes.
Ce match, c’est contre quinze huissiers, sans compter leurs remplaçants.
Et mon café s’est refroidi.
Alors, il est où le problème me susurre le Dieu de l’Ovalie, dans l’oreille. T’es première ligne dans ton équipe ? Tu fonces, tu casses, tu déblaies, tu concasses, tu nettoies, anesthésies, tu puzzles. En un mot, tu javellise le terrain pour que d’autres puissent y développer un beau jeu, ce que tu ne sais pas faire. Et t‘as peur ? Mais de quoi, croupion de caille, hein ? De ton ombre de gratin de looser ? D’allocataire qui s’terre ? Du con dira thon ?

Moi, peur ? Du tout. C’est un match comme un autre à jouer dans un esprit de convivialité et de respect contre une équipe de cloportes infréquentables. Pas plus.
Alors ? insiste cette voix grave dans le creux de ma feuille. T’y vas ou tu te circonstances atténuantes ? Tu te planques derrières tes peurs ou t’investis Bobino ? Tu te terres dans la case des “c’est la faute de la société” ou tu brâmes pour marquer ton territoire ? Va falloir choisir, crème de paresse, parceque tu n’as qu’une vie et qu’elle passe à la vitesse d’un TGV. Et quand tu t’en apercevras, sombre quiche, tu seras en pyjama devant une téloche au milieu de grabataires entrain de regarder le Jean-Pierre Pernault des années 2060, t’expliquant la cueillette des groseilles en pays d’Artois ? C’est ce que tu veux ?
Non, tout sauf Jean-Pierre Pernault, mieux vaut un exil en Corée du Nord ou des vacances avec Khadafi.
Je ne me débines pas et je confirme rapido et en un clic de souris du fond de mon clic clac.
Le dernier épisode la semaine prochaine, va bien falloir la finir c't'histoire !
08:29 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : rugby, arias, stade français, équipe de france, top 14, ovalie, parisse, paris, folklo, huissier
31.05.2010
Jean Killafond - Episode 5
Jamais content mais le boulot tombe à point.
Là où ça coince comme une Rosette de Lyon sur un menu d’un restaurant cacher, c’est que l’assureur intervient à 80% d’invalidité. Si un jour, Dieu l’en préserve et les limitations de vitesses aussi, l’assuré se prend un 19 tonnes de face et qu’après cette expérimentation d’hachi parmentier routier en mouvement, l'hôpital et tout le touintouin médical en arrivent à la conclusion que le gars est invalide à 75%, donc ne pouvant plus rien faire de sa vie même pas se palucher en catimini sur www.pornstar.com et encore moins manger son yaourt devant la téloche sans une aide à domicile, l’assuré ne touche rien, le vide absolu, maccache, peau de zébi, walou. 80 c’est 80, pas 75 et un contrat, ça se respecte.
L’assuré, maintenant invalide, a payé, l’assureur et ses équipes, banane toute l’année en travers le visage, se marrent de leur produit financier qui devrait assurer et qui n’assure jamais tout en ayant récupéré les prélèvements tous les mois et à date fixe comme les règles de ma femme. Elle n’est pas belle la vie d’un assureur ? Mais pourquoi je vous raconte tout cela ? Ca vous passionne le télémarketing ? Non, alors je continue mon entretien téléphonique avec celle qui m’apporte un job. J’ai besoin de fraîche et j’ai un psychorigide de l’impayé devant moi, pas le profil médiateur.

Je l’écoute, je soupèse, j'appréhende, je jauge, en un verbe, j’hésite. Manager une ribambelle de jeunes acnéïques à virer toutes les semaines pour cause d’objectif non atteint, ça me démange un peu l’entre-jambe ce qui m’empêche de faire ce que j’aurai fait seul et avec naturel si je n’avais été devant Colombo et le Veau de Créteil. Je regarde l’Hamster géant et lui demande tout en mettant la main sur le combiné pour que Miss France de Tel Performance n’entende rien.
- Rappelez moi le montant de notre différent ?
- 4500€ Monsieur, et sans vouloir vous dire ce que vous avez à faire, j’aimerai régler cette petite affaire dans le quart d’heure. Si vous pouviez conclure votre appel dans les plus brefs délais, je vous serai reconnaissant.
Et poli avec ça, l’Enflure.
Les 4500, en deux fois, c’est jouable ?
Au rictus d’Annibal Trappe, je prends conscience de l’incongruité de ma question. On joue cash à Créteil. Je reprend le combiné.
- Madame ? Un oui suave et plein de promesses me répond. Rappelez moi le salaire annuel. Avec mes multiples rendez-vous d’embauche, je ne sais plus vous situer ?
Etre désiré, c’est le secret de l’embauche, c’est le secret tout court d’une vie acceptable.
- 27 000€ sur douze mois, Monsieur Jean Killafond.
- Net ?
Brut, Monsieur Killafond, vous aviez fait la même remarque au cours de l’entretien, dit-elle en gloussant comme une dinde, la miss.
Il faut que je me renouvelle, à force de ne rien glander et d’errer au Pôle Emploi, je me rétrograde, m’académique, me fossilise. Rapide calcul dans ma tête devant le Rat Musqué, 27 000 par 12 ça fait un 2250 brut. Là dessus, je retire les commissions de l’Etat, soit 25% au bas mot, ça me laisse un petit 1800 net par mois avant impôt.
Ce n’est pas l’Amérique, quoiqu’en ce moment avec les milliers de familles qui se retrouvent dans la rue, sous une tente Quéchua, à cause d’un prêt immobilier un tantinet véreux, je ne sais pas si l’expression d’abondance “c’est l’Amérique” soit judicieux. J’opterai pour Dubaï, Pékin voire Neuilly sur Seine, fermer la parenthèse, je pense tout haut.
Je regarde l’Etron en mouvement et lui lance :
- Ok, je vous fait un chèque de la totalité mais à encaisser à la fin de ce mois. Si vous le déposez avant, il vous reviendra comme si vous pissiez face au vent. Je vous demande de respectez la date et toutes les parties, Empuntérake, vous et moi seront contentes. Merci d’avance Monsieur Trappe.
Des fois, faut être ferme.

Je retire la main du combiné et enchaîne d’une voix grave, enthousiaste et sans fausse note, comme pour placer un rendez-vous avec une future donzelle :
- On se voit quand ?
Mercredi et n’oubliez pas votre carte d’identité pour les formalités d’embauche. Je confirme votre numéro de Sécurité Sociale pour notre déclaration URSSAF et je vous dit, au nom de toute l’équipe, à lundi Monsieur Jean Killafond et bienvenue chez Tel Performance.
A Mercredi, madame.
Je souris cynique et je rictuse blasé.
“Au nom de toute l’équipe”, ça sonne entreprise idéale et pleine de générosité, l’esprit corporate et séminaire à la Baule en mai, le plan de carrière aussi visible qu’une bretelle d’autoroute et plans sur la comète affichés Power Point. J’imagine aisément une crèche d’entreprise pour les morveux des secrétaires, une salle de relaxation pour les téléopérateurs, plus les multiples distributeurs d’eau, de fruits, café avec une cafétéria aux menus bios et plats sans sel pour les diabétiques. Sans omettre les places de parking et les ascenseurs pour handicapés. Le monde parfait où le patron remplace ta famille, le DRH ta mère et tes collègues, ton taré de frère et abrutie de soeur.
Mais la science-fiction au travail, j’ai donné, j’y ai crû et j’en ai bouffé de l’amertume sous toutes ses formes, en sandwich, en menu gastronomique, sur le pouce, en pilule, lyophilisé et en surgelé. Je laisse ce Dineyland du MEDEF aux nouveaux venus, aux conscrits du premier emploi, aux bleus bite du CDD, aux idolâtres du CDI, qui sortent de l’école avec diplômes et utopies sur le marché du travail comme nos poilus sortaient des tranchées de Verdun en 14. Un massacre annoncé.
J’ai déniché du boulot ou plutôt il m’a trouvé et j’ai payé ma dette avec un enthousiasme forcé, en espérant que ce soit la seule. Il n’y a plus qu’à reprendre le cours normal de la journée et replonger dans le Midol avec un bon café.
Je décide de jeter un oeil sur ma messagerie avant de m’affaler, pour encore deux jours, dans mon canapé à une heure où je serai entrain de jouer Hannibal face à de la jeune viande inexpérimentée et effrayée du rythme à tenir.
Quand je bosse, je ne rigole pas. J’applique, je directive, j'assène et je consacre et si la courbe des résultats ressemble à du bande mou, je sanctionne, je décisionne et je mise à pied. Pas le choix, c’est eux ou mon CDI et c’est tout vu.
Tu sais quoi lecteur ? Elle n'est pas fini cette histoire, c'est dingue, non ?
07:03 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : huissier, top 14, boutique de lucho, chomage, créteil, crif, rugby, femme, huissier, midi olympique
24.05.2010
Jean Killafond - Episode 4
Jean se trouve un job devant l'huissier...
Sex machine retentit, c’est James, mon pote. James Brown enregistré sur la sonnerie de mon téléphone portable au forfait archi limité. A défaut de choisir la sonnerie de mon appart, celle de mon mobile m’appartient. Je conviens que dans un bus, Sex Machine à haut volume est peu approprié. Aujourd’hui, quand le phone part en transe pour prévenir le locataire du forfait qu’un pélos est à l’autre bout du fil, c’est ambiance boite de nuit à n’importe quelle heure de la journée. J’ai vu des scènes dans le métro où Ravel, les Stones et NTM se côtoyaient ensemble. Une paella musicale pour la grande satisfaction des propriétaires de ces portables de se sentir uniques l’espace d’une sonnerie.
On a les satisfactions que l’on peut et le prolo est comblé quand ça brille et c’est bruyant.
Donc, James envahi l’appartement, la grosse vache sursaute, la flicaille fronce les sourcils et moi, en caleçon et faisant attention par un discret replacement technique de la main droite que mes bijoux de famille ne fassent pas irruption inopinément dans leurs champs de vision, je décroche.
- Oui ?
- Monsieur Jean Killafond ?
- Vous y êtes, Madame ?
- Voix sensuelle, sur d’elle, ce n’est pas un coup de fil au hasard ou une enquête de mon fournisseur Internet, ça sent l’appel décidé, la cible choisie, l’élu désigné, visiblement c’est ma pomme que l’on vise et j’ai gagné quelque chose ou un nouvel emmerde déguisé en bonne nouvelle.
- Auriez vous deux minutes, Monsieur Killafond ?
Je regarde le plouc de Créteil qui note tout ce que ses deux yeux de lézard inventorient et le représentant de la Police, convaincu de ma non-violence, est en immersion à la page football du journal l’Equipe. Dans la tenue où je suis et avec qui je suis, oui je suis disponible.

- J’ai deux minutes Madame.
- Parfait ! (décidée la belle ! que j’imagine belle à sa voix mais qui peut être inversement sexy à la beauté de ses cordes vocales et c’est un pro du site de rencontres qui te l’affirme), à la suite de votre entretien avec Monsieur Béchamel, directeur des ressources humaines de la société Tel Performance, nous avons retenu votre profil et avons le plaisir, si vous êtes évidemment disponible, de vous proposer le poste de superviseur télémarketing au sein de notre structure. Comme convenu, nous validons les avantages prévus et le montant de vos émoluments annuels. Si vous êtes toujours intéressé pour rejoindre notre équipe, nous vous attendons dès ce mercredi. Que décidez vous ?
La vache ! C’est une boite que j’avais vu sans conviction, propre sur moi et en cravate, sans conviction elle aussi. Les boites de télémarketing sont toujours friands de nouveaux profils. Au rythme où ils les lessivent, il faut un sacré stock de viande pour assurer les demandes des clients toujours plus exigeants. Superviseur d’un plateau de télémarketing, c’est gérer une batterie de jeunes gars et de nanas, tous sur écoute, à les former à répéter inlassablement un argumentaire avec objectifs de vente fixés à l’heure. De l’abattage normalisé et codifié par le Code du Travail ou comment ramener un être humain à l’état de robot. Les conséquences mécaniques du toujours plus.
Les missions sont commandées par des opérateurs téléphoniques qui demandent de vendre des forfaits extra illimités à leurs clients. Forfait qui coûteront plus cher à ledit client après avoir dit oui à cette opération commerciale spéciale anniversaire et sans frais.
Ou des établissements bancaires pour fourguer du petit placement financier pépère pour clients gentils toujours dans le vert. Pour ceux qui sont dans le rouge, c’est du crédit à la consommation, du revolving pour être plus clair. Un crédit qui met un revolver (d’où son nom) sur la tempe du chaland, une aubaine pour ce dernier désespéré qui va pouvoir consommer un peu plus pour le regretter plus tard et créer mécaniquement une rentrée d’argent royale pour le banquier qui facture des intérêts à faire rougir le taux d’usure.
L’endetté est une source d’abondance pour la banque, un paradoxe financier qui fait vivre le prêteur et ramène l’emprunteur à un toxico du crédit prêt à tous les désirs de son dealer. Après tout, la vie n’est-elle pas un perpétuel paradoxe, une addiction inconsciente, un rapport de force quotidien, une dose de pétulance à s’injecter dans les veines et sur le compte en banque ?
Il y a aussi les assurances invalidités. Ca c’est du rentable de chez commack qui engraisse l’assureur sans plomber le prélevé. De l’assurance qui n’assure pas, du grand art d'ingénierie financière, de la ponction sous anesthésie, du démembrement sans douleur. Pour pondre un produit aussi fin techniquement que juridiquement, faut avoir fait les grandes Ecoles, et quand je dis Grande, c’est du bac plus l’âge de raison de ton morpion et être porteur d’une dose de cynisme largement au-dessus de la moyenne nationale et assumer tout ce barda avec une impudeur obscène et diplômée.
Vendre une assurance invalidité à un gonze, c’est lui faire peur, le projeter dans un cercueil, accompagné de ses proches qui eux, seront autour de lui, debout, entrain de chialer leur 75% de flotte de leur corps, en attendant le passage chez le notaire :
Imaginez votre famille sans vos revenus ? Imaginez vos enfants, votre épouse (s’il en a une et encore, pour certain ce n’est pas un argument mais plutôt un soulagement, d’où les bienfaits du divorce mais on en parlera dans une autre histoire).

L’état des lieux décrit par un médecin légiste avec un argumentaire à faire peur une chauve souris dans le noir. 29€ par mois et vous sauvez votre noyau familial, jours fériés inclus, votre collection de timbres et votre adhésion à France Loisirs. Mettez les à l’abri Monsieur le client, vous respirez la prévoyance innée, la maturité patriarcale, l’anticipation du malheur domestique, les patins obligatoires dans l’entrée, le mohair en été et le gel anti-bactérien à la moindre poignée de main et hop ! Je te refile la Légion d’honneur de la Prévention avec en prime une clé USB de 1Go comme cadeau de bienvenue pour l’heureux élu. L’immortalité pour 29€ mensuel. Et Dieu créa l’assureur le huitième jour. Amen.
Vous ne signez pas ? Vous n’êtes qu’un infâme chef de famille, que dis-je chef, un sous mari, un irresponsable de père, une couille molle planquée dans un caleçon sale, une erreur de fiche d’Etat Civil, une abjection d’époux au nom des 6000 morts par an sur les routes qui, le jour où vous vous planterez avec votre Mégane, assurée chez nous au tiers, dans une embrassade fougueuse sur un platane de la N7, vous n’aurez que vos yeux pour pleurer, s’il en reste un, et votre chéquier pour faire face. Et remplir un chèque quand on a perdu ses deux bras, croyez moi, c’est coton.
A lundi prochain, mon cher lecteur assidu, parceque ce n'est pas fini.
21:51 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : huissier, top 14, tournée ovale, paris, play off, équipe de france, rugby, racing 92, stade français, femme
17.05.2010
Jean Killafond et les huissiers - 3
Jean KILLAFOND sort son chéquier.
La grosse baleine grise assermentée s’approche de moi tout en dépliant l’avis exécutoire.
- Vous êtes redevable d’une somme de 4500€ à l’établissement financier Empruntérack. Lors de notre dernière rencontre, pas avec moi mais avec un de mes collègues, en juin dernier, soit huit mois, vous nous avez promis un règlement en quatre fois. Nous attendons toujours le premier chèque, c’est la raison pour laquelle je suis là.
- Vous êtes là pour seulement pour le premier chèque ? Lueur d’espoir...
- Pour la totalité maintenant, Monsieur Killafond.
Il ne lâche rien, l’orque, quand il a sa proie dans son viseur, il flingue sans compassion, dézingue sans état d’âme, fonctionnarise l’exécution.
Il n’a pas tord le poulaga de superviser l’entretien, ça tempère ma pulsion de lâcher ma droite sur sa poubelle jaune pour détritus papier en guise de tête.

J’écarte d’un revers de pensée le bain de sang du sur-endetté, le fait divers morbide du journal de quartier, je renonce à la folie du pauvre aux abois de me faire exploser avec une ceinture modèle Hamas version 2004 à déclenchement à distance. J’ai de l’éducation, le seul bien immatériel que mes parents ont bien voulu me céder et sans droit de succession, et surtout, suis pisté du coin de la prunelle avisée de Navarro, ce qui me suggère la noblesse et le bon sens de ne pas m’en prendre à la grosse blatte de Créteil et d’échapper à une accusation de meurtre non prémédité avec circonstances atténuantes en pagaille. Je temporise, je pacifise, je me Gandhise.
En un mal pour des maux, j’oblige ma jolie personne à un moratoire envers la confrérie des huissiers, un armistice de bonne conduite, une collaboration sans dégats collatéraux. Je contribue, m’associe et m’implique. Le client parfait.
- Vous comptez régler comment, Monsieur Jean Killafond ?
Me revoilà dans la dure réalité comptable, celle qui me ramène sur une banquise de l'Arctique en tongue, sur un ring devant Mormek ou au Monopoly sur la case Rue de la Paix avec hôtel. La douloureuse en live, la complainte du roumain, appelez moi le FMI !
- Je vais régler comptant, content et en comptant.
Un trait d’humour même pendant les pires moments d’une existence et devant un cafard officiel qui joue à merveille son rôle de chasseur d’impayé ne peut qu’élever le débat.
L’humour devant l’échafaud, c’est la classe des pauvres, la frime du prolo, le gel fixateur du chauve. Le riche étant toujours exempté de peine capitale, en devient mécaniquement moins expert en trait de finesse. La souffrance affine le cynisme et l’abondance érode l’ironie. C’est une loi de vie apprise au comptoir du quotidien, au Cantalou rue Faidherbe.
Le furoncle et son carnet, après avoir fait l’inventaire de toutes ces petites choses que l’on amasse au fil des années, console de jeu compris et qui n’ont comme utilité que de remplir le vide d’une existence somme toute décevante, attend son règlement comme un boa son castor ou une borne de sortie de parking son ticket.
4500€, quand même, pour un cheik arabe (vous en avez vu, vous, des cheiks norvégiens ?) c’est cinq thés à la menthe au Ritz, trois putes de luxe sur les Champs Elysées et il reste de la ferraille pour un jeu à gratter.
Pour moi, c’est chargé un max, deux mois de salaire bien confort et brut en plus. Encore faut-il que je travaille, puisque, animé de bonnes intentions ce matin, j’avais décidé, entre la lecture de l’Equipe et celle du Midol, mes deux cafés au lait et mes 8 biscottes beurrées confiturées, de m’atteler à changer de statut.
De chômeur, je passais en recherche d’emploi. Un saut quantique sans la certitude de décrocher le job qui me permettrai de payer mon loyer, la cantine du gosse et ses sorties, d’inviter mes futures belles à la pizzeria du coin et d’assumer d’autres scories financières, plus la dette surprise et pas provisionnée de Trappe.
Etre en recherche d’emploi, c’est l’optimiste en action, une démarche d’engagement, l’impulsion positive, la quête du meilleur qui offre du sens pour un sans emploi en manque de fiche de paye. Le rendez-vous d’embauche, réussi ou foiré, est une revaccination vivifiante au monde réel qui nous rappelle qu’il n’y a pas que “Les feux de l’amour” à 9H du mat ni les stats du Midol à la même heure.
Entre nous, la distinction nette et sans buée entre un chômeur et un gars en recherche d’emploi, c’est l’utilisation plus ou moins abusive du canapé qui accouche de la nuance. Peu de chose sépare la réussite de la nécrose, le feu d’artifice du pétard mouillé, de la victoire de la défaite, de la charcuterie haut de gamme au premier prix du hard discount. C’est une question de dosage dans l’essentiel, de subtilité dans la combinaison, de panachage astucieux.
La suite super bientôt dès que j'ai fini mon petit salé aux lentilles
09:36 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : huissier, top 14, rugby, stade français, sur endettement, droit de sucession
10.05.2010
Jean Killafond et les huissiers - 2
Jean Killafond, l'huissier et le commissaire.
- Dites-moi, les deux là, y sont concernés par mon histoire ? En désignant les deux bipèdes qui ne se sont pas présentés.
Le premier, le pompiste, regard fuyant, nez pointu strié de veinules ramenant son excroissance nasale à une carte des fleuves de France, regarde le sol pour éviter mon regard, tous les regards. J’hûme un gars respirant un passé d’ancien cambrioleur qui a échoué dans la partie de la voltige pour se refaire une virginité du casier judiciaire en travaillant déclaré chez un serrurier.
L’échec de la cambriole mène au 35 heures et au prélèvement de la CSG. La vie est faite de surprise, de déceptions mais toutes imposables. Que ce soit en temps de séjour à la Maison d’Arrêt ou en cash sur la feuille d’imposition, dans les deux cas de choix de vie, faut passer à la caisse et donner de sa personne.
La carte de France fluviale regarde l’huissier en chef, et interprétant un battement de paupière protecteur du maître de séance, comprit que sa présence n’est plus nécessaire. Le v’là parti sans même un hochement de tête envers la proie, moi même, à dépouiller. Le lâche, le cloporte, l’inconvenant. Y’en a qui se croient tout permis accompagné de l’autorité, pas même un semblant de politesse envers celui qui va se faire tondre comme un mouton et essoré comme une bouteille de Morgon. La bienséance n’est plus ce qu’elle était.
- Et le deuxième, il compte faire un sudoku chez moi ? Continue-je en désignant du menton, l’autre mammifère en costard.
Le deuxième lascar, costume gris bas de gamme fripé en promo soldé à 70%, assumant son rôle et ses 98 kilos de lard premier choix sur mon parquet, s’avance vers moi et me répond, comme un vieux singe qui a vu suffisamment de visiteurs au zoo de Vincennes pour ne pas s’offusquer au moindre jet de cacahuète pourrie.
- Le deuxième, c’est moi, commissaire Blafard et tout aussi assermenté pour accompagner sieur Trappe, huissier de justice de son état. Normalement, vous n’avez pas besoin de moi pour régler vos petites dettes en toute amitié avec monsieur. Mais, l’expérience aidant et l’instinct de policier chevillé au képi, inexistant sur le haut de mon réservoir à penser d’ailleurs, je reste pour vous éviter un éventuel écart de conduite pouvant envoyer notre assermenté du papier bleu direct dans la cour en passant par la case fenêtre.
- Je sais, je sais, vous allez me dire que vous n’êtes pas de cette trempe de taré qui dézingue à tout va. Mais je vous répondrais, et sans rentrer dans les détails que seul les spécialistes de l’Institut Légal de Médecine sont en droit de dévoiler, que mon rôle est de limiter ce genre de probabilités à zéro.
- Ce monsieur, représentant d’un cabinet d’Huissiers, à vos trousses depuis un certain temps dépassant la moyenne de patience de cette corporation, devra quitter votre appartement par la porte et prendre l’escalier comme à l’aller. Et pour m’assurer du bon déroulement de ce scénario et être à la hauteur de ce pour quoi l’Etat, vos impôts si vous êtes imposable, me paye, peu je l’avoue après vingt ans de loyaux services à la Police Nationale, j’impose discrètement et en catimini, sans tambour ni trompette ni sifflet ni sirène, ma présence pour annihiler toutes révoltes naissantes. Suis-je clair ou quelques questions de béotiens sont-elles encore à prévoir ?
Le complet veston fripé par excès d’utilisation et le manque flagrant d’un remplaçant repassé, bien en place sur ses deux jambons, l’attitude blasée par de nombreux cas de figures vécus durant une carrière bien remplie, ne me laisse le choix d‘acquiescer ses propos précis et fort respectueux. Je suis tombé sur un dur, un gars à éviter, un première ligne prêt à rentrer en mêlée pour tout défoncer. Profil bas devant un char Leclerc vivant.
- J’ai compris, dis-je tout en remettant discrètement mes deux sources à gosses en place dans mon caleçon.
L’huissier, très pro et efficace sort un carnet et commence à tout noter dans mon deux pièces. Un lit, deux tables, deux étagères, une console de jeux, un appareil photo, un...
- Console de jeux ? Ca sort de mes tripes comme un Coca d’une canette trop remuée.
- Vous ne pouvez pas la prendre ? C’est impossible, c’est à mon fils ! C’est dit comme une évidence Christique, une loi de Newton, une spontanéité d’innocent.
Annibal Trappe, endurci par les réactions déchirantes sur le Lalique de maman, le fusil de chasse de grand-papa et maintenant la console du petit, me regarde avec la compassion d’un seigneur qui va utiliser son droit de cuissage et me répond sur le ton d’une fiche technique de réveil allemand.
- Je note tout ce que je vois et dans une semaine, nous viendrons tout récupérer. Aujourd’hui, c’est juste un inventaire. D’ailleurs, voici votre commandement de payer.
Il sort de son cartable d’écolier de premier de la classe, un papier bleu administratif m’intimant, après les préliminaires d’usage, une somme à régler au plus vite. Précisément maintenant ou tout de suite, sinon l’inventaire va se retrouver dans une salle des ventes pour régler mon arriéré et être racheté par le premier venu au quart de sa valeur. A savoir n’importe qui à n’importe quel prix.
- Au fait, je dois combien et à qui ?
La suite vraiment très bientôt.
08:12 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : huissier, rugby, top 14, police nationale, lucho, stade français, midi olympique, l'équipe, le sport, chomage
03.05.2010
Jean Killafond et les huissiers - 1
Jean Killafond est dérangé par un huissier - Episode 1
Il s’en souviendra de ce coup de sonnette de ce lundi matin. Une mélodie ridicule, un peu boufonne qui reprenait un chant de Noël mais impossible à retirer. C’est les petits inconvénients du statut de locataire en meublé. Coup de sonnette et Papa Noël version Tino Rossi envahit tout l’appartement dès 9H00 du matin, du Saint Nicolas en boucle sur 10 secondes, la touche personnelle du propriétaire. Tout pour mettre de bonne humeur à chaque visite.
Affalé dans le canapé en recherche d’emploi, journal de petites annonces d’un côté, deux quotidiens sportifs de l’autre, le café au milieu, en tenue caleçon, pas rasé et le téléphone en configuration “je veux un job”, Jean se leva difficilement pour aller ouvrir à l’intrus qui le coupa dans l’élan d’un article élogieux sur le Stade Français.
Au vu du début de saison joué par le club parisien de son coeur, une bouillie tièdasse et sans sel de rugby habillé de rose, c’était assez rare de feuilletter dans les colonnes du Midi Olympique un papier positif sur Paris, une exception depuis cinq mois dans la Bible de l’Ovalie. Et vlan ! Coup de sonnette et débarquement de Tino Rossi en pleine euphorie d’exploits de Parisse et d’Arias qui ramène le quotidien en première intention, très loin des envolées divines du Stade Jean Bouin.

Coup d’oeil à travers la petite loupe de la porte qu’il refusait d’appeler Juda, sans doute à cause de ses origines juives. Il aurait aimé que l’on nomma cet espion un Pierre, voire un Mourad mais un Juda et tout ce que cela comportait comme apriori et bien ancré dans le conscient collectif comme une moule de Nouvelle Zélande soudée à son rocher d’Auckland, était à jamais, pour Jean, un défaut technique de toutes les portes d’entrées de France et une tâche sémantiquement indélébile dans le dictionnaire français.
Un juda ou comment colporter et incruster à travers le temps et les portes d’entrées, un ersatz d’antisémitisme validé par tous les magasins de bricolage.
Il était d’ailleurs étonné que le CRIF, le Conseil représentatif des Associations Juives de France, n’ait pas pris ce problème à bras le corps pour le mettre au menu des débats du prochain dîner annuel de cette même association cultuelle, réunissant lors de cette petite sauterie, le gratin Dauphinois actuel des politiques français condescendant aux peurs réelles ou supposées des délégués de la communauté juive française.
Entre les visées nucléaires, à but civil, de l’Iran qui pourraient changer la distribution des bons points dans la région et le statut de Jérusalem à clarifier pour éviter d’en faire un Berlin des années 60, le juda, comme appellation technique servant à espionner un visiteur sans que celui ci ne s’en aperçoive, aurait eut toute sa place comme contreverse sémantiquement épineuse.
Il n’y a pas de petits sujets.
Regard hagard, il jeta un coup d’oeil à travers la porte et vit trois gars pas hagards. Plutôt en forme.
Trois gars ? En général les Témoins du Vieux Barbu attaquent l’indécis à deux. Un pour convaincre et l’autre pour placer la Bible à 15€ et consolider la déballe du premier. Etre un prosélyte du tout venant est un métier de précision hight tech spirituel, un travail d’équipe au nom du Nom ou comment laver plus blanc les pêchers des autres en investissant la totalité de ces transgressions pour son propre compte en vue d’un plan de carrière eucoeuménique terrestre avec retraite assurée au Paradis.
Les vendeurs de cuisine travaillent aussi à deux. Un pour expliquer, avec des qualificatifs de publicitaire, l’évident changement de vie de la ménagère frétillante à l’idée d’être propriétaire de son idéal de vie, payable en 7 ans au taux d’usure en vigueur, et le second pour répondre aux questions techniques, avec mètre déroulant en guise de caution de savoir-faire et crayon vissé derrière l’oreille pour prendre note et modéliser les nouveaux désirs de rangement de la miss excitée. D’où l’expression “je te cuisine”.

Mais trois ? Peut être est-ce une nouvelle technique de vente. Jean ouvra la porte et se trouva devant trois types, exactement les mêmes qu’il avait vu, cinq secondes auparavant à travers le Pierre. Trois types dont deux en costard et un troisième en tenue bleue pour job manuel salissant, le genre pompiste des années 70 un peu cralingue.
- Oui ?
- Monsieur Jean Killafond ?
- C’est moi.
- Annibal Trappe, huissier de Justice du Cabinet Hyène et Shark de Créteil annonce celui en costume vert bouteille consignée, un peu empâté du gésier et regard décidé de saurien face à un moustique.
- Pardon ?
- Cabinet Hyène et Shark de Créteil, je suis accompagné du commissaire de l’arrondissement dûment assermenté et d’un serrurier. Mais votre présence ne nécessite plus de forcer la serrure. Gain de temps et moins de frais pour vous, dit-il en m’offrant un sourire à congeler un steack tout frais.
Pas la présence d’esprit, encore faut-il que j’en ai, de répondre du trac au troc, l’huissier est un ailier en puissance et prend l’intervalle, suivi des deux autres loustics en soutien, pour se retrouver direct dans le salon et dans ma zone d’en but. Autant dire près du canapé et de mon nécessaire de recherche d’emploi.
Trois gars que je ne connais pas dans mon chez moi, mon nid douillet du 19eme, mon sweet home pour mes Ginettes, ma grotte où j’élève ma portée, ce n’est plus une incursion surprise, une visite de courtoisie financière, c’est un viol manifeste de mon espace de vie, une garde à vue dans mon appart. J’aurais mis les deux doigts dans la prise électrique et encaissé le coup de fouet des 220 Volts que cela aurait eut le même effet.
Mais en caleçon, les roubignoles à moitiés à l’air et ma tronche résignée de chômeur longue durée, je n’ai ni les armes, ni l’allure pour faire de la résistance. Je reditionne sans combattre, battu sur tapis vert bouteille, par jet de l’éponge avant même le premier round, j’attends la suite de ce fim, court métrage j’espère, que je ne contrôle pas avec une pointe de tension légèrement palpable au niveau de la glotte, l’appréhension naturelle du perquisitionné en phase de découverte, d’un lapin face aux phares d’un Hummer.
La suite bientôt, très bientôt.

07:47 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : rugby, jean bouin, arias, parisse, crif, stade françaisiran, jérusalem, top 14, huissier, créteil
26.04.2010
Gérard Dulignac, entraineur du XV de Rabastens - Episode 4
Gérard soupèse, jauge et recrute.
Perdu dans une époque de rugby définitivement stockée au rayon des archives Nationales du Sport, Gérard changea de position sur sa chaise, qui avait connu un certain nombre d'arrières train, et rebondit sur : Donc, t’as une belette dans ta vie, Tintin ?
- Antonin, M'sieur Gérard. Oui, j’ai une amie.
- Une amie ? Une amie comment ? Tu comptes faire un tronçon d’autoroute avec elle où tu lui fais signer un CDD tous les samedis ?

Antonin rougit un peu gêné par la question.
- C’est ma future fiancée, M’sieur Gérard.
- Ouais...future fiancée...j’aime bien connaître les gars que je prends dans mon club. On joue comme on est dans la vie et si on a des problèmes quotidiens avec sa belle, je le vois de suite dès la première passe vissée.
- Tu l’aimes la petite, Romarin ?
- Antonin M’sieur Gérard, oui...je suis bien avec.
- Elle te convient ?
- Oui, M’sieur Gérard.
- Connais tu les deux fondamentaux pour choisir une femme ?
- Euh...non M’sieur Gérard.
- Une femme doit savoir s’occuper de son homme intimement et savoir préparer à manger très correctement. A partir de ces deux axes, tu peux construire quelque chose de solide. Même si les deux priorités ne sont pas une assurance-vie pour une relation durable mais elles contribuent fortement à un taux de réussite exceptionnelle. Tu comprends, Ramequin ?
- Antonin, M’sieur Gérard. Oui, je comprends.
- Je ne vais pas te poser de questions intimes sur vos états d’âmes sous la couette mais au niveau du gustatif, elle se bouge un peu dans son espace kitchen ou tu es au régime surgelé tous les soirs ?
- Euh...des fois elle fait des omelettes au fromage.
- Que des omelettes au fromage au menu ? Parcequ’avec cette cure, tu changes de femme dans six mois ou t’embauches un cuisinier si tu as les moyens.
- Non non, pas que ça...elle fait aussi du boeuf bourguignon.
- Ah...si elle manie la casserole pour faire chanter un boeuf bourguignon, tu peux lui accorder un crédit d’erreur et sans agio. C’est une femme qui voit loin la petite et elle sait comment te garder. Un bon point pour toi et pour elle. Dis moi, Raffarin, connais tu les deux points pour rendre heureuse une femme ?
- Antonin, M’sieur Gérard....euh...lui offrir des fleurs de temps en temps ?
- Non, mais une fois tous les deux mois c’est conseillé.
- L’accompagner pour faire les boutiques ?
- Non, mais évite, ça fragilise un couple.
- Participer au ménage de la maison ?
- Non, ne met pas ton doigt dans cet engrenage.
- Ne pas laisser son linge sale au milieu du salon ?
- Non plus, de toute manière il sera toujours ramassé.
- Aimer sa belle-mère ?
- Non, ce n’est pas une étape obligatoire.
- Ne pas passer tous les samedis soirs au pub avec ses amis devant un match de rugby ?
- Non, mais si cela arrive, préviens la huit jours avant.
- L’écouter quand elle parle de ses copines ?
- Non, même si cela relève de l’exploit.
- Ne pas rentrer saoul à la maison ?
- Non, mais fait toi raccompagner et reste digne avec deux grammes dans le sang.
- Lui préparer le café le matin ?
- Non, c’est elle qui le fera.
- Voir tous les films de Hugues Grant ?
- Non, ni les comédies musicales.
- Lui offrir un voyage à Venise ?
- Non, mais si tu y vas, choisis la date du carnaval.
- Ne pas oublier son anniversaire ?
- Non, elle te le rappellera avant que tu y penses.
- Ne pas oublier l’anniversaire de la rencontre ?
- Non, souviens toi plutôt le jour où elle réussira un cassoulet.
- Se marier ?
- Non, c’est quasiment inévitable à un certain moment du couple.
- Ne pas péter au lit ?
- Ca va de soi, mais non.
- Faire les courses et porter les sacs ?
- Non, avec Internet tu te fais livrer.
- Ne jamais parler politique ?
- Non, elle votera comme toi.
- Regarder les émissions de variétés ?
- Non, mais tu peux regarder celle de Patrick Sébastien.
- Ne pas faire de réflexion si elle lit Voici ?
- Non.
- Gala ?
- Non et ni Closer et Allo.
- Euh...sais plus M’sieur Gérard.
- Ecoute, t’es jeune, beau gars, plein de potentiel et tu as une femme qui travaille au corps le boeuf bourguignon pour t’offrir l’extase des papilles. Va falloir que tu ouvres les yeux, comme un neuf sur le terrain et que tu apprennes vite. Une femme, Ribouldingue, pour la combler et la garder c’est deux choses. Pas trois, deux :
1/ Tu lui donnes tout le plaisir qu’elle réclame. Que ce soit sous la couette ou sur la table de la cuisine, tu assures comme si, à chaque fois, tu jouais ta place. C’est du boulot l’orgasme. Un don de soi, une bonne condition physique et beaucoup de lucidité.
2/ Tu dois assurer professionnellement. Elles aiment les gars qui assurent. C’est comme ça une femme, un besoin d’être constamment sécurisée. Une bonne paye avec un bon métier et tu es le champion du monde toute la vie sans remettre ton trophée en jeu. Au début, à défaut de bonne paye et de métier, des certitudes vraiment ancrées en toi, comme un bulot à son rocher, feront l’affaire.
Tu l’envoies au nirvana quand elle te donne le top départ et tu ramènes de la fraîche à la maison. Bonheur assuré, fidélité bétonnée et petits plats à déguster. Ok Villepin ?
- Antonin, M’sieur Gérard...
- Maintenant que je sais que ta compagne fait l’effort de te rendre guilleret du ventre avec ses casseroles, et j’en suis sur, avec ses atouts cachés qu’une femme peut avoir, je te donne rendez-vous pour ton premier entrainement, samedi matin. Donne moi les trois fondamentaux qu’un neuf doit savoir, Mine de Rien ?
- Antonin, M’sieur Gérard. Euh...savoir parler aux cinq de devant...
Ouiiiii !!! C’est bien Machin. Parler à l’oreille des gros, les aimer, les accompagner à l’abattoir, les suivre comme un berger suis son troupeau. Le gros se sacrifiera pour toi s’il croit en toi. Il te protégera si tu sais écouter ses désirs, minces d’ailleurs, mais suffisamment important pour lui. Laisse le partir, de temps en temps, au raz tête baissée, laisse le percuter le premier rideau. Une petite tape sur l’échine et il comprends ton feu vert. Le gros, c’est les grognards de Napoléon, les mineurs de Zola, la face cachée du spectacle, les premières lignes du débarquement en Normandie. Les gros, c’est la dalle d’une maison, les fondamentaux, la base dix en algèbre. Après ça, tu peux y mettre toutes les décos que tu veux, ça tiens. Ok, Fils de Nain ?
- Antonin, M’sieur Gérard...
- Le deuxième point ?
- Etre en phase avec le dix ?
- Ouiiii !!! Croquette de Chien, t’es doué, toi. Le dix, c’est le neuf des arrières, ton repère sur le terrain, le phare qui te donne ou non les options de jeu. C’est lui, grâce à ta maîtrise des gros, qui va envoyer au feu la cavalerie achever l’ennemi. Les gros bombardent, les arrières débarquent.
- Et le troisième ?
Antonin réfléchissait et pensait à ses entraînements vécus. Quel était donc ce troisième point ?
- Respecter le public ?
- Non, t’en a d’autres des comme ça, Greffe du Rein ?
- Antonin, M’sieur Gérard, être à l’heure aux entraînements ?
- Non, c’est normal d’être pile poils ponctuel en short sur le pré, sinon tu rentres fissa à la casa.
- Fréquenter le Club House ?
- Non plus, laisse tomber, tu rames dans du petit salé et tu te noies dans les lentilles. Le troisième point, et de loin le plus important de tous, c’est que tu dois m’écouter dans tous les cas de figures. Tu piges, Trois Fois Rien?
- Antonin, M’sieur Gérard...oui, je comprends.
- Ok. Maintenant t’es recruté dans la grande fratrie de Rabastens. Je te laisse rejoindre ta gazelle et te donne rendez-vous ici dès samedi. Bonne soirée Roi du Zinc et n’oublie pas les deux points pour rendre heureuse ta biche et les trois autres pour être au top dans l’équipe. Ta vie se résume à cinq commandements. Je viens de t’offrir la moitié des Tables de la Loi. Ne m’appelle pas Maitre, Monsieur Gérard suffira. Mais le monsieur, j’y tiens et je négocie rien la dessus. Ok, A deux Mains ?
- Euh...Antonin, M’sieur Gérard, je m’appelle Antonin.
Saturnin, ici, c’est moi qui décide des blazes qui nomme et qui sacre. Reçu ?
- Oui M’sieur Dulignac.
- A samedi, Bibi Fricotin et ferme la porte derrière toi.
FIN

07:36 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : rabastens, rugby, femme, féminisme, ikéa, ovalie, top 14, zola, closer, allo
19.04.2010
Gérard Dulignac, entraineur du XV de Rabastens - Episode 3
Episode 3 - Gérard en rajoute limite limite
- Ah oui ? Dit en se réveillant Antonin, juste pour que cette parenthèse envers le sexe faible masculin puisse finir sur une note positive en espérant que M’sieur Gérard aborde le rugby, la genèse de sa démarche.
- Ben oui, dit Gérard. Tu vois, ces gonzes ont un truc que nous, hétéros dans l’âme et amoureux de la croupe, on n’a pas. Ou pas assez développé. Ils ont du goût, mais quand je te dis du goût, ce n’est pas habiller ta baraque chez Ikéa et accrocher une lithographie Art Moderne au mur du salon achetée à un forain de l'île de Ré. Ils ont le don de trouver la bonne fringue sur eux et faire vivre leur appartement encore mieux qu’une nana. C’est dire le chemin à parcourir pour se hisser à leur niveau. On en est encore au lit de camps et à l’étagère parquet, nous, les mâles dominants. Et ils ont de la culture, en plus, ces mecs. Ils te parlent d’Andy Warool comme moi je te décris les exploits du Stade Toulousain, ils appréhendent les nouveaux peintres en vogue à New York comme je connais les dernières promos du supermarché du coin et ils sont déjà au fait des derniers artistes musicaux déjà stockés sur leurs Iphone alors que moi, j’en suis toujours à Yvette Horner sur mon walkman. Tu vois la différence ?
- Je n’écoute pas Yvette Horner.
- Peu importe Yvette ou pas Yvette, moi non plus je n’écoute pas cette tripoteuse d'accordéon. C’est une image.
- Ah, d’accord.
- Du coup, ils deviennent les hommes rêvés de nos femmes, partie de jambes en l’air exclues. Ils ont tout ce que nos belles savent qu’elles n’auront jamais avec nous. Ou alors il faut se remettre en question en commençant à repenser la couleur des rideaux et faire un stage au musée d’Orsay. Tu vois le tableau ? Gérard pose cette dernière question comme un prof qui désire savoir si son élève, près du radiateur, écoute ou dort les yeux ouverts.

- T’as joué où, sinon ?
- A Bordeaux pendant mes études, en crabos, poste neuf et dix. En fait j’ai fait tous les postes à l’arrière. Antonin se réveille, on parle rugby et ça le concerne. Enfin.
- T’as une belle ?
- Euh...une belle ?
- Oui, tu as une petite copine dans la vie ou t’es en phase d’épilepsie du poignet sur Internet ?
- Je...euh...oui oui, je suis en relation...
- Je ne te demande pas si tu es en relation, moi aussi je suis en relation, avec la Trésorerie Principale et tous les ans à la même date. Je te demande si tu as une petite dans ta vie, une belette, une femme, quoi ?
- Je...euh...oui M’sieur Gérard.
- C’est bien. Mes joueurs ont besoin d’amour et d’affection pour libérer leur influx nerveux et pour mieux donner sur un terrain. Je ne connais pas mieux que le regard d’une donzelle pour les motiver et un corps féminin pour les réveiller sous la couette. Tu vois, Sarturnin...
- Antonin, M’sieur Gérard.
T’as raison mon canard. Sais-tu que l’on joue au rugby comme on est dans la vie ?
Antonin ne voyait pas trop. Jouer comme ses analyses marketing d’études comportementales et de recherche de profil client ne lui donnaient aucune piste pour savoir diriger ses avants.
- J’en ai fréquenter des profils et des comportements sur un pré qui, aujourd’hui, me donnent le droit d’affirmer cela. J’ai connu des fonctionnaires, ceux qui une heure avant la fin de la journée sont déjà prêt dans les startings blocks près de la porte de sortie. Ces gars là font juste leur job sur un terrain et surtout pas plus. Il font exactement ce qu’on leur demande et peu importe le résultat en fin de partie et ne sont concernés que par leurs prestations, une horreur.
Il y a les vrais fonctionnaires, ceux amoureux du Service Public qui vivent leur job comme Jeanne d’Arc sa mission. Une dévotion totale. L’intérêt supérieur du groupe prime sur tout, quitte à finir sur le bûcher. Des perles ces gars.
J’ai connu des chefs d’entreprises. Il y a ceux qui n’anticipent rien dans leurs beuzeunesses, et bien c’est pareil sur un terrain, une catastrophe, le dépôt de bilan annoncé et le compte d’exploitation en rouge Ferrari.
Et ceux qui ont des plans de trésorerie sur trois ans et l’on voit sacrement la différence en short. Un délice d’anticipation et de vision du jeu.
J’ai dirigé des traders, avec eux c’est problématique. Je n’ai jamais pu les contrôler. Un jour ils te créent un rugby à faire déplacer un Garets Edwards à Rabastens et le match d’après, c’est une perte de cinq milliards comme à la Société Générale et tu n’as rien vu venir. Le pire, c’est qu’ils ne se remettent jamais en question parcequ’ils sont sûr de leurs savoir. Même quand ils échouent. Un cauchemar.
J’ai connu des commerciaux. Eux, ça court partout sur le terrain comme s’ils faisaient leurs tournées clients en Laguna avec prime de résultat à la clé. Ils se s’arrêtent jamais, même quand ils ont atteint les objectifs. Je les mets à l’aile, en général.
J’ai entrainé des dessinateurs industriels. C’est pointilleux un dessinateur industriel et très précis. Toujours le compas, le rapporteur dans la tête et le crayon vissé sur l’oreille. Je les mets en dix, ils sont parfaits et toujours d’équerre.
J’ai cotoyé beaucoup de gars qui exerçaient des métiers manuels. Les bûcherons, même s’ils pèsent 80 kilos, c’est devant. Ca découpent bien et ça ne se pose pas de question pendant la coupe. Les gars du bâtiment aussi devant, grutiers compris.
J’ai gérer des avocats, avec eux c’est tout bien ou tout mal. Ils parlent trop sur un terrain et ça a le don de me mettre dans des états proches de l’attentat suicide. Voir mes gars jacter en match et défendre leurs causes perdues devant l’arbitre, c’est insupportable. On ne joue pas au football, hein Tricastin ?

- Antonin, M’sieur Gérard...non, on joue au rugby et justement, pour le poste de neuf ?
- Le poste...oui, c’est vrai. Gérard, désorienté dans les archives de ses pensées pensait, avec une pointe de regret, à ses bouchers et bûcherons jouant en première ligne. Qu’ils étaient beaux, forts et présents sur un terrain. Dans leurs shorts xxxl moulant leurs poutres en guise de cuisses, ils avaient la classe avec cette petite bedaine amortisseuse de chocs et leurs regards de bovins bien nourris.
Suite et fin la prochaine fois.
07:28 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : rugby, gay pride, rabastens, top 14, lucho, stade français, racing 92, play off, homoxexuels, ikéa
12.04.2010
Gérard Dulignac, entraineur du XV de Rabastens - Episode 2
Episode II : Gérard s'écoute parler
Aujourd’hui, la majorité du monde étudiant étudiait le marketing et la communication, les feignasses se trainaient en sociologie et les irrécupérables s’étaient donnés comme bouée de sauvetage, la psychologie. Mais qui allait pétrir le pain, tracer les routes, découper nos rôtis de porc, travailler la terre et créer des tenues affriolantes pour nos dames ?

- Tu joues depuis longtemps ?
- Depuis minimes, M’sieur Gérard.
- Tu as une petite ?
- Euh...une petite quoi ? M’sieur Gérard...
- Pas une petite bite jeunot mais une petite, une belette dans ta vie, un joli coeur à t’occuper, un petit minois qui mérite un bouquet de fleurs un samedi tous les deux mois, une personne que l’on nomme communément une femme et qui égaye notre quotidien d’homme, tu perçois maintenant ?
- Euh...oui M’sieur Gérard...
- Ben alors...tu as une souris dans ta vie ou tu as choisis l’option mec ?
Gérard a toujours eu le chic de poser les questions directes, voire transperçantes. C’est pour cela qu’il était souvent désigné, dans son son job de flic, pour les interrogatoires à mener. Entre ses questions qui déchirent l’alibi d’un présumé innocent et le soliloque de quarante minutes sur un sujet cher à Gérard, le prévenu avouait au-delà de ce qu’il lui était reproché.
- Oui oui M’sieur Gérard, j’ai une fiancée.
- Remarque, je n’ai rien contre les pédés depuis que Garrets Thomas nous a dévoilé ses préférences. Respect pour ce gars.
- Mais je ne suis pas homosexuel, M’sieur Gérard répliqua Antonin, un peu paniqué par ce début d’entretien.
- Je me fous que tu ais des affinités avec les phoques. Du moment que tu ne répètes pas leurs conneries saignantes qui ont le don de me mettre dans un état d’excitation de chasseurs en attente frénétique du premier jour d’ouverture de la chasse.
- Mais...M’sieur Gérard... Je ne suis pas....
- Le truc, tu vois, coupa Gérard, parti sur un couplet sur les homosexuels - à force de vouloir revendiquer leur homosexualité pour te démontrer qu’ils sont comme tout le monde, ils en arrivent à l’inverse du résultat recherché, être différents jusqu’à penser avoir la certitude de former un peuple. T’y crois ça ?
- Euh...sais pas...
- Ils ont leur drapeau, leurs ethnies, les lesbos, les trans, les gays, les bis et je ne sais quoi. Bientôt, ils vont réclamer un siège à l’ONU et revendiquer Gayland, le quartier du Marais dans le 4eme arrondissement de Paris avec une extension à San Francisco. Je rêve les yeux ouverts ! Ce n’est plus de la revendication d’ancien banni, c’est de la colonisation identitaire.

- Dernièrement, juste pour provoquer à défaut d’être, ils ont organisé une manifestation, le kiss in, c’est mieux en anglais, une manif où tout le monde du même sexe se roule un gros palot de derrière les fagôts. Un bien baveux sur l’esplanade de Notre Dame, pour y ajouter un zeste de provocation, alors qu’entre nous, s’ils avaient voulu marqué le coup et viser l’essai entre les poteaux, c’est sur l’esplanade de la mosquée de Paris qu’il fallait se lécher les gencives. Là, ils auraient reçu des pierres et fatwas en masse et auraient jouis d’un bonheur inextinguible de victime désignée, d’être à nouveau persécuté comme aux plus sombres heures des années noires homophobes. Une vraie aventure, quoi.
- Si tout le monde faisait comme eux, tu imagines un Fuck in de l’association des sodomites de France place de la République ou une Suck in organisée par l’association des gourmandes de Toulouse devant le Capitole. Le bordel assuré en plein espace public, sans censure, ouvert à tous et gratuit avec ça.
- La sexualité, c’est comme la religion, ça ne doit dépasser pas la porte du privé. A l’intérieur, tu fais ce que tu veux de ta bite, à l’extérieur, tu la ranges.
Antonin écoutait mais ne voyait aucun rapport entre son désir de jouer à Rabastens Rugby Club et cette embrassade géante devant Notre-Dame, même en faisant un effort intellectuel de futur directeur marketing des relations cognitives dans un potentiel grand groupe américain basé à Bruxelles.
Intarissable sur le sujet, Gérard continuait comme un marathonien au vingtième kilomètres :
- Ils organisent des salons professionnels spécials gay. Bon, je ne dis pas, après tout, beuznesse iseu beuznesse - l’anglais de Gérard à toujours été bloqué au niveau 6eme et le restera à jamais - ils sont deux, sans gosse et deux salaires bien garnis comme le sac de la ménagère le samedi midi après le marché. Faut bien les claquer les euros. Un salon du gay pour te refiler du jaccuzi en marbre, placer de la semaine de vacances à Lesbos ou vendre en trois fois sans frais les écrans plats à mettre dans toutes les pièces de l’appartement à un couple en mal de sensations de consommation ethniques, c’est de bonne guerre. Là où ça coince, parcequ’en manque de sens, où ça accroche comme un cintre récalcitrant dans une armoire, c’est l’adoption. Le marché des enfants qu’ils proposent de développer, pour satisfaire leurs demandes, est l’émanation du système ultralibéral dans lequel le p’tit chieur, le futur adopté, est un objet de droit et non un sujet de ce droit.
Gérard, depuis que trois de ses cousins, son frère, une ex et un certain nombre de relations du club et du village furent virés sans ménagement de leur entreprises, installées depuis trente ans dans la région, pour cause de délocalisation en Inde, Roumanie et au pays des gnakés, la Chine, une épuration salariale pour assurer une meilleure rentabilité à des actionnaires invisibles mais gourmand de retour sur investissement à deux chiffres, Gérard devient le porte parole des opprimés du gain, l’étendard des laissés à quai, le despote de la plus value et se métamorphose en Dulignac le Rouge - ou mon Pirate pour sa Ginette - est prêt à pendre le premier Hedge Fund aux poteaux du terrain, sans procès, et ramène Besancenot au niveau d’un écolier en culotte courte à l’heure du goûter.
Dans un état normal, il est plutôt droite classique. Pas UMP qui est une machine à lancer des OPA hostiles et à avaler les petites PME de Droite, comme une grande surface écrasant les petits commerces de proximité, mais celle d’avant, le genre Dupont Aignan, ancrée dans la région, fier de ses valeurs et de son capitalisme familial, de ses banques régionales et de ses usines, ouvriers et savoir-faire qui faisaient vivre la contrée. Ne lui parlez surtout pas de De Villiers, le Chihuahua de Vendée ou le grossiste du vide, comme il le nomme. Dès que le terme d’ultra-libéral est évoqué, abordé ou même susurré, c’est la crise d'épilepsie de la pensée assurée. A chacun ses faiblesses.
Toujours sur le sujet des revendications homosexuelles, Gérard, sur de lui et peu importe l’écoute de l’autre, continu sur le même rythme.
- Sans parler de l’instabilité statistiquement plus importante des couples gays et des répercussions psychologiques chez l’éventuel p’tit chieur. Un enfant a le droit d’avoir un père et une mère mais on ne peut lui imposer deux pères ou deux mères, tout ça parce que deux mecs ont déclaré détenir ce droit un jour ! En fait, personne n’a le droit d’avoir un enfant. Tu as le droit d’en avoir un si t’as les couilles bien pleines et fertiles et que ta belle a un utérus option résidence vacance All Inclusive. Sinon, c’est makache walou, tu passes ton tour ou tu adoptes. En ce moment il y a des soldes monstres en Haïti.

Antonin en avait franchement raz le compteur, même si ces quarantes cinq minutes d’écoute forcée étaient prévues dans le programme. Il est venu pour une place de neuf et jouer au rugby le samedi, en short et en crampons avec de bons gars comme lui qui se prennent un pied à se tester la couenne et il se retrouve devant un entraîneur qui se lâche sur un monde qu’il ne connaît pas et lui explique le pourquoi du comment d’un sujet dont il se contrefout totalement. Les gays ? Ils avait toujours cru que c’était des gens toujours heureux. Loin de penser que c’est un terme pour nommer les homosexuels. Antonin aura au moins apprit quelque chose.
- Enfin, mon gars et je ne te parle même pas de leur obsession du mariage. Les débuts de phrases commençant par un “je ne te parle pas” tout en sachant qu’une heure de logorrée allait se déverser juste après cette expression, qui est sensée éviter le sujet, a toujours suscité des interrogations sémantiques dans l’esprit d’Antonin.
Cette propension à vouloir imiter, singer l’hétéro jusqu’à lui piquer sa robe blanche, sa bague et la cérémonie religieuse de l’union devant le curé. Du plagiat comportemental ! Qu’est ce qu’ils ont dans la tête, ces gonzes ? Des couvertures de Têtu ? Du Poppers à la place du cerveau ? Un sexe toy en guise de réflexion ?
Mais ils ont néanmoins des bons côtés, on ne peut pas leur retirer cela.
La suite bientôt.
09:52 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : rugby, rabastens, top 14, hedge fund, de villiers, dupont aignan, droite, saint andré, novès, galtier
05.04.2010
Gérard Dulignac, entraineur du XV de Rabastens- Episode 1
EPISODE 1 - Prise de contact
Lundi 5 avril 2010, Rabastens, Midi Pyrénées, latitude 43° 23’ 16’’, longitude 0°, 09’, 05’’, Altitude mini 191 mètres, maxi 290 mètres, population 1589 habitants dont 1489 rugbymen, 9 apnéistes et 4 footballeurs, spécialités culinaires, tournedos de magret confit de vin et poires.

Gérard Dulignac, président-entraineur et trésorier du Rabastens Club de Rugby, regarda Antonin, une crevette de 19 ans assise en face de lui, le couva d’un regard d’éleveur de bovins, jaugeant un mamifère à quatre pattes sur le marché de la foire aux bestiaux de Limoges. Le coup d’oeil aguerri d’un pro du bovidé, évaluant, le temps d’un battement de cil, le poids, l’âge, le potentiel du ruminant pour l’achat ou non des trois cents kilos de barbaque entrain de mâchouiller du foin, un bovin très loin de s’imaginer finir en steacks hachés congelés dans le rayon boucherie d’une enseigne connue de la région. Il n’y a pas de mot pour décrire l’innocence animale, leur don de soi, leur prédisposition à devenir de futures entrecôtes sauces béarnaises, une vie consacrée pour subvenir aux besoins de gourmandises carnées des hommes. Ce sacrifice inconscient a toujours imposé un certain respect de la part de Gérard, ex apprenti boucher, envers ces barbecues vivants.
Antonin, c’est 79 kilos de viande habillée en promotion à la Foire aux Vêtements et immobile sur le siège en attente de la décision de l’éleveur, à placer ou non sur un terrain de rugby, tout dépend du potentiel du petit et sa capacité à tenir le rendez-vous avec Monsieur Dulignac, dit Gérard pour la majorité des quidams et mon Gégé pour sa Ginette de Villecontal sur Arros.
Tout le monde au village connaît Gérard Dulignac, sa facilité naturelle à s’écouter parler et soliloquer sans se lasser de ses thèmes de prédilections classiques, rabâchés, concassés, mâchés, pilonnés depuis vingt ans. C’est le passage obligatoire pour jouer dans le club de Rabastens. Ce club n’a pas l’envergure d’un Tarbes mais le légendaire savoir rugbystique de Gérard et sa renommée de coacheur avait vite fait le tour de la région, maisons clauses de la frontière espagnole comprises. Ecouter les propos de trois quarts d’heure sur des faits de société, ou plutôt sur les avis de Gérard sur ses questions posées tout haut, valait bien ce rendez-vous pour découvrir ensuite, le personnage sur le terrain avec sifflet, chasuble et le verbe haut. A une époque pas si lointaine, Galtier, Novès et autre Saint André avaient assisté à quelques entraînements du spécimen pour y apprendre quelques trucs de management des hommes ou comment en deux mots et un regard percant, transmettre un message aux joueurs en ayant la certitude d’être compris. Du grand art de chez Dulignac, un sixième sens en option dès sa naissance, le don de convaincre en toutes circonstances et sans marge d’erreur.
- C’est quoi ton nom ? questionne Gérard sur le ton d’un policier municipal réclamant les papiers à un gars au faciès hors norme, c’est à dire pas référencé dans la région.
- Antonin, M’sieur Gérard.
- Antonin ? C’est un nom de canard ça...je me souviens d’une série télévisée avec un petit caneton tout jaune, un peu comme toi. Saturnin que c’était son blaze.
- Ah...ce n’était pas mon époque je pense.
- Je crois aussi. C’était l’époque où l’on avait une seule chaîne de télévision et des programmes jusqu’à 22H maxi, un téléphone relié au mur par un fil en tire-bouchon avec un cadran à trou et des numéros d’appelant à chiffres et lettres, la France 3eme puissance mondiale et invariablement dernière en football, un De Gaulle à la présidence et un Malraux à la Culture, une femme tronc en guise de 20H et une censure omniprésente traquant le moindre baiser sur le petit écran, les premiers Restoroutes et 15 000 morts par an sur les nationales, sans ceinture de sécurité et avec deux grammes de rouge dans le sang, le cul de Polnareff puis celui de Bardot qui n’avait pas encore jeté son dévolu sur les bébés phoques, les blouses grises de l’Ecole Public, son encrier, buvard, porte-plume et les gardes à vous bras tendus dans la cour avant de rentrer en classe, les cours d’histoire, nos ancêtres les Gaulois et son chef Vercingétorix accepté par tous factuellement même si l’on savait que nos aieux venaient d’ailleurs, le tableau noir et ses craies de couleurs griçantes, le Concorde dans les airs et le France sur les mers, deux bijoux français de technologie et de savoir faire mais invendables dans le monde, Léon Zitrone en petit père des ondes, Gabin en pilier incontournable et Delon en jeune loup des écrans, les flippers dans les bars-tabacs et les premiers Scrabble et Monopoly à la maison, les débuts des Rolling Stone en Europe et les frères Boniface dans le XV de France, un monde à l’Ouest pétillant de possibilités et un rideau de fer à l’Est aussi excitant qu’une serpillière en fin de vie, la préhistoire pour toi et la grotte d’où je viens.
Antonin, impressionné par la culture générale Néanderthalienne de Monsieur Dulignac, lui demande, interloqué :
- Un téléphone avec fil ? Mais vous aviez des rallonges pour téléphoner à l’extérieur, M’sieur Gérard ?
Gérard, pas étonné par l’inculture du môme, enchaîne direct sur le sujet du rendez-vous.
Tu fais quoi dans la vie, petit ? Question classique de recruteur.

- Master d’ingénierie marketing et management de la distribution avec option de psychologie cognitive et comportementale, M’sieur Gérard.
- Marketing...répéta Gérard en se disant que le temps des gars qui avaient un vrai métier - boucher, boulanger, maçon, tourneur, fraiseur - et qu’il placait sur le terrain selon leurs compétences professionnelles, était définitivement rélégué aux archives des souvenirs du Musée du Travail.
Les déménageurs et les bouchers en première ligne, les terrasseurs et les maçons en deuxième ligne, les grossistes en matériaux du bâtiment et les cheminots en troisième ligne, le dessinateur industriel en neuf, le responsable logistique en dix, les commerciaux à l’aile, les transporteurs au centre et un directeur des ressources humaines en quinze. Là, c’était clair et cohérent et la devise de Gérard prenait toute sa force :
“Tu joues au rugby comme tu es dans la vie.”
La suite très bientôt...
12:07 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : 64, rugby, stade français, ovalie, sports, rabastens, lucho, folklo
19.03.2010
Rugby à Kaboul - Episode 3 le match et Fin
Nous découvrîmes l’équipe d’en face au moment du coup d’envoi. Maillot vert, short vert, chaussettes vertes, avec une espèce de béret Basque pas Basque sur la tête qui leur donnait tous un air de chef de clan peu fréquentable. Que des petits gabarits, dont leurs avants, mais on nous avait prévenu qu’ils étaient aussi tenaces qu’une poignée de cintres emmêlés au fin fond d’une penderie.

Le match fut très correct. Ils nous ont surpris par leur vivacité, ce qui n’est pas vraiment notre fort depuis quelques saisons.
Jamais là où on les attend. On s’époumonait dans les rucks pour s’apercevoir que le ballon était aux antipodes de là où l’on se battait. Ils nous ont dominé sur les touches avec des combinaisons bizarres qui consiste au lanceur à lancer le ballon largement au delà du dernier sauteur, pour arriver sur un gars au milieu du terrain lancé plein gaz avec soutien de chaque coté des flancs. Leurs combinaisons en touche et en mêlées, les - Bush, Joke Democraty, Spécial Oussama et d’autres dont je n’ai pas souvenir, ou alors trop douloureuses, fonctionnaient bien trop souvent. A un moment de la partie, sur une ONU Smile, je crois, on eut l’impression de faire du stop sur le terrain, on ne voyait plus le ballon où d’une façon si furtive que cela en devenait presque ésotérique.
Ils jouent comme ils combattent. Cavalerie légère, très affûtée et redoutablement efficace. Ils chargent en petit comité, font juste ce qu’il faut de dégâts irréversibles et repartent aussi sec qu’ils sont venus. Après un match pareil, on comprend pourquoi d’Alexandre le Grand, jusqu’aux USA de maintenant en passant par les Soviets des années 80, toutes les grosses armadas se sont cassées les dents, l’échine et les bijoux de famille sur ce peuple de guerriers. Faut pas les provoquer, ces gars là. Ou alors dans nos plaines de la Beauce.
A la mi-temps, les mains sur les genoux, le palpitant à 110 tours minutes et le maillot trempé de sueur, Robert, 10 de coeur sur le terrain et empreinte de coude sur l’arcade, nous remet les aiguilles sur le même créneau horaire.
- Les gars, faut rien lâcher...j’ai pensé à un truc, moi le croyant catho de cette équipe...
Quand Robert commence comme cela il est aussi infréquentable qu’un Témoin de Jéhovah devant une porte d’entrée, doigt sur la sonnette.
- Eux...(halètements)...d’en face, avec leur Alain et son Trophée, ils sont prêts à...
- Allah et son Prophète, rectifie François, notre Wikipedia portable et Larousse version illimitée.
- T’es sur ?
- Oui et deux milliards de musulmans aussi plus la totalité des autres.
- Bon, ce n’est pas le problème, alors, ceux d’en face, avec leur leivmotiv d’Allah et son Trophée...
- Allah et son Prophète, re-rectifie François, habitué à l’inculture de Robert, excepté sa connaissance de l’histoire du club de Bourgoin-Jallieu et la totalité de ses statistiques rugbystiques sur trois décennies.
- Mais on s’en fout déclame Charles, on a que dix minutes pour se ressaisir, on ne va pas commencer un cours sur le Coran. Où tu veux en venir Robert ?
- Dans la Bible il est écrit (crispation générale des joueurs autour) - Tu es poussière et tu retourneras poussière, Genèse 3.19. Je veux que tous ici, croyants ou non, s’approprient cette phrase et l’appliquent sur le terrain. Je ne veux pas du placage classique mais du découpage de boucherie de gros. Je ne veux pas de la percussion motivée mais du crash test de constructeur auto. Je ne veux pas que l’on résiste héroïquement mais vivre une insurrection millésime 1789. Mes amis, ceci est mon corps prêt au sacrifice pour le groupe et nous allons faire notre djihad dans leur en-but et gagner ce match, fini Robert, yeux vers le ciel et aura autour du crâne.
- Djihad ? Ca se dit chez les cathos ? Interpelle Nico, croyant lui aussi mais seulement lors d’une élection papale et quand l’élu du Vatican passe à Paris.
- Disons que dans notre Eglise, on prend se qui se fait de mieux. Croisade c’est ringard, limite un peu vieillot. Djihad c’est un terme marketing internationalement connu et les gens comprennent de suite.
- Ok reçu, c’est Charles, tête de mort vivant après cette mi-temps qui reprend le flambeau.
- On va faire une Djihad de Croisade. Elie, toi qui est juif, c’est vendeur pour toi ?
- Si vous me dîtes que leurs en-but c’est Jérusalem, j’adhère de suite, répond Elie.
C’est Jérusalem, confirme très sérieusement Charles.
- Les gars, ressaisissez vous. Faut aborder cette deuxième phase de jeu comme de jeunes puceaux dans un bordel espagnol, de la motivation envahissante, généreux dans l’effort et baïonnette pointée vers le ciel. Les interventions et paraboles de Bruno finissent souvent dans des maisons closes, à défaut sur les trottoirs de la rue Saint Denis ou dans un bouge de Shanghai.
- Archi, crie Charles.
Archi, c’est Archibald. Un type avec un parpaing à la place de la tête, une brosse à balai en guise de sourcil et une calandre de camion faisant office de thorax. Agent de sécurité dans la vie et sur le terrain aussi.
Archibald traverse le terrain comme un Hummer, sans éviter les obstacles, et rejoint le groupe exténué. C’est l’impact player des matchs, ou plutôt d’une mi-temps. Il a beau ressembler à un tracteur John Deere, il a une autonomie que de quarante minutes.
- Archi, tu vas rentrer pour cette deuxième mi-temps, annonce Charles avec un grand sourire.
Archibald, c’est une montagne sur deux jambes. La nature lui offrant un corps d’une puissance exceptionnelle, lui retira un peu de logiciel pour compenser. Il faut tout lui expliquer à Archi, avec patience et gentillesse pour éviter sa susceptibilité. Il est tellement zélé qu’il a interdit des clients, dans le cadre de son boulot d’agent de la sécurité d’une banque, de rentrer dans l’établissement.
Du coup, sa société contente malgré tout de lefficacité du bonhomme et incapable de lui signifier une mise à pied a préféré l’affecter gardien de nuit d’une usine de retraitement de déchets. Comme cela, il ne voit personne, excepté ceux qui veulent rentrer sans badge au milieu de la nuit et qui n’ont rien à faire sur le lieu, d’où la présence d’Archi.
- Archi, commence Charles avec précaution, eux en face, tout en vert, méchants. Nous, même maillot que toi, poulet rôti, gentils. Ca va ?
Un son rauque, rappelant un démarreur de camion,acquiesçât.
Avec Archi, il vaut mieux reprendre les bases de qui est avec qui dès le début, parcequ’après, on ne l’arrête plus et il n’écoute plus.
On a réussi à créer du bon rugby, à répondre à cette invasion de Talibans avec nos gros, sevrés de charcuterie et nos arrières, perfusés au thé vert. Quelques fois, de soldat sur le terrain on s’est retrouvé à faire du social entre nous. C’est à qui allait consoler l’autre et le motiver pour repartir au combat. Nous avions notre combinaison maison - L’EPAD, un mouvement de gros vers l’avant qui protège un petit tenant fermement le ballon, a souvent fonctionné et nous a amené jusqu’au Sacré Graal, La Défense, leur en-but.

Le match s’est terminé sur un coup de sifflet de l’arbitre qui a rappelé à Elie le son du Chofar le jour de Kippour, marquant la fin du jeun ou la sirène de l’usine de fin de journée pour Archi, une libération, une extase de repos, la paix des braves, le doigt de Dieu sur nos corps meurtris, le congé dominical mérité. Dès la fin de la joute, les joueurs afghans et leurs familles autour du terrain, crièrent un Allah Akbar tellement vrai, généreux et communicatif que l’on a répondu en coeur par un “santé ! Bonheur ! Sexe et bonne humeur !” partagé par tous les acteurs du terrain.
Le rugby rapprochent les peuples, nous en sommes la preuve, le témoignage meurtri et heureux sur ce terrain perdu de Kandahar.
L’après match organisé par l’équipe visiteuse se déroula dans un pub local, une espèce de taverne à l’ancienne avec un tavernier à l’ancienne aussi - moustachu, bourru, tablier blanc sale et voix qui porte au-delà du comptoir.
Au milieu de la nuit, Bernard essaya d’expliquer à Saber qu’il serait possible de faire de la bière à base de fleurs de pavot, à défaut de houblon dans la région, sans être en contradiction avec les interdits religieux. Mamoud démontra à François, entre deux litres de thé, qu’envoyer des joueurs de rugby aurait un impact plus pertinent qu’une centaine de Gendarmes français éparpillés à Kaboul à former des policiers afghans à gérer des ronds-points que seules, les chèvres et les moutons empruntent.
Jean-Marc en pleine rhétorique politico-rugbystique avec Siham, le neuf d’en face, amena le sujet sur l’idée d’un tournoi des 6 Nations dans la région, avec l’Afghanistan, le Pakistan, les Ouzbeks, les Tadjiks, les Iraniens et l’Inde. Pas l’Inde répliqua sèchement Siham. Jean-Marc, conciliant et compréhensif, responsable des litiges dans une société d’assurance la semaine, proposa spontanément les îles Malouines qui fût acceptées par Siham sans savoir où elles se trouvaient.

Après une nuit gargantuesque à déguster des koftas chalaw, une spécialité locale de boulette de viande hachée relevée au gingembre servi avec un riz basmati à se taper la tête contre les murs, des morghs matar, du poulet petits pois aux piment qui donne envie à un athée de croire en Dieu l’espace d’un repas, de kilos de aashak, des pâtes fraîches remplies de poireaux avec sauce viande de boeuf à faire regretter à un végétarien son régime de tofou et de finir d’éponger tout le thé vert d’Asie Centrale, nous nous quittâmes, la larme à l’oeil, main sur le coeur, l’autre sur le ventre qui réagissait à la dose pas raisonnable de piment avalé, des souvenirs pleins la tête et le billet d’avion dans les poches.
On a fait attention à ce qu’Adrien ne ramène pas un kilo de souvenir illicite quand aux autres, ils avaient écumé les épiceries pour ramener des goulab jamun, petites pâtisseries au sirop, saupoudrées de noix de coco râpée idéales pour le long voyage du retour et d’abruchums, gâteaux en filaments de miel et amandes effilées. A part l’artisanat culinaire local, il n’y a rien d’autres excepté toute une gamme de burqa mais seulement en trois couleurs : noire, bleue turquoise et grise. Mais une burqa en Europe, à part en faire des doubles rideaux, personne dans le groupe n’en a vu l’intérêt, à part Archi qui en a acheté cinq pour une descente de lit.
Les séparations sont un moment unique où l’on peut tout promettre sans se contredire tout en restant crédible. Un des seuls moments de notre existence où l’on peut mentir tout en disant la vérité. Ou le contraire.
Kandahar, ce fut un grand moment de rugby, mais content de rentrer. Enfin.
Fin
08:52 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : rugby, kaboul, lucho, paris, top 14, kandahar, afghanistan, ovalie
07.03.2010
Rugby à Kaboul - Episode 2 l'avant match
- C’est quand même dingue qu’il y ait du rugby ici, non ? lance Jérôme pour dédramatiser l’ambiance plutôt Cour d’Assise. J’ai appris l’historique de leur club. Tout a commencé en 2004 sur le Quai de Valmy à Paris. Mamoud, réfugié afghan et viré de Sangatte, se retrouve sur ce quai du 10eme avec ses potes de voyage. Je vous passe les détails du pourquoi du comment mais il fait connaissance d’un gars de l’association...Don Pérignon, je crois. Une assoce pour sans abris et grossiste en matériel de camping urbain.

- Don Quichotte, rectifie François.
- Oui, un truc dans le genre. Le gars de Don Qui Chiotte se...
- Don Quichotte comme le célèbre personnage de Miguel de Cervantes né un 29 septembre à Alacalà de Hénares et mort le 22 avril 1616 à Madrid. C’est un romancier espagnol universellement célèbre pour son roman Don Quichotte reconnu comme le premier roman moderne, re-rectifie François, excédé par le peu de culture de son talonneur.
- Ok, ok...Don Qui Shoote, donc le gars se lie d’amitié avec ce groupe d’afghans et le samedi, au lieu de passer son temps à essayer de leur parler avec son anglais niveau 6eme pour connaître un peu de la vie de ces gars, dont il se contre fout au fond de lui même, le mec de l’assoce se dit qu’il devrait les emmener sur un stade tâter de la balle ovale. Parce que jouer au rugby sur un quai, c’est loin d’être évident.
- Et ils y sont allé ? Demande Brice
- Quand tu n’as strictement rien à faire sur un quai du 10 arrondissement, excepté d'attendre très hypothétiquement un 39 tonnes se dirigeant sur Londres, aller sur un stade de rugby est un échappatoire, une renaissance pour certain, un voyage initiatique pour d’autres.
- Et ensuite ? demanda Gaël, un des seuls gars qui suivait le récit de Jérôme avec intérêt tandis que les autres s’employaient à chercher au fond de leur sac ce qu’ils savaient qu’ils ne trouveraient pas.
- Ils ont aimé. Sur ce que j’ai appris, c’est la première fois qu’ils combattaient avec des règles, sans arme et en short. Ca les a changé des terrains minés et des attaques de drônes.
- Ils jouent bien ? demande Franck en essayant de défaire les multiples doubles noeuds de ses chaussures à crampons.
- Je ne sais pas mais ils adorent. Ce qui, à notre niveau folklo, équivaut aux deux tiers du chemin pour donner du sens à notre présence sur un terrain, répond Jérôme pour qui ces deux tiers sont son seul et unique bagage rugbystique.
En tout cas, ils vendent du bon ici, laissa échapper Adrien en roulant une cigarette consciencieusement comme un douanier vérifie un passeport, avec minutie, pragmatisme et sens du travail bien fait.
- Du bon quoi ? dirent les gars, soudain concernés par le débat en espérant que le rouleur leur sorte de son sac une Rosette de Lyon, voire un Jambon de Serrano, échappés de la rafle de Damas.
Du bon shit, les gars. C’est Disney Land à la première bouffée et la fête à Noeud Noeud à la deuxième. En tous cas c’est la Foire du Trône durant tout le bédo. L’afghan qui me l’a refourgué m’a vendu une barrette de Marocain. Vous vous rendez compte de la situation ? Un afghan deal du Marocain à Kandahar. C’est la nouvelle réalité de la mondialisation qu’il m’a dit l’enturbanné, tout en humectant de la pointe de sa langue experte, la partie à coller de sa feuille à rouler grand format.
Les joueurs, un peu déçu de l’info assez anecdotique et sans intérêt pour l’estomac, regardaient le pétard se créer devant le sourire expert d’Adrien, comme une baguette de pain apparaît entre les mains d’un boulanger après le travail de la pâte. Ce type avait une machine à faire des clopes à la place de ses doigts.
Remarque, une barrette de marocain à Kandahar, ce n’est pas étonnant. On achète bien des voitures japonaises à Paris.
D’un seul mouvement, tous les regards, comme des dizaines d’yeux d’un troupeau de boeuf suivant le train Romans Saint Etienne, se dirigèrent ensemble et lentement vers Jean-Luc, en recherche d’emploi dans la vie de tous les jours et remplacant à n’importe quel poste dans l’équipe, et s’arrêtèrent pile sur le sourire benêt de satisfaction de ce même Jean-Luc.
A voir l’interrogation dubitative dans les prunelles de ses potes, leurs sourcils froncés à chercher avec difficulté, où pourrait bien se trouver la subtile pointe d’humour ou de jeux de mots, Jean-Luc eut pour la énième fois, la douloureuse sensation que ses traits d’esprit ne seraient définitivement jamais compris, excepté son fils de 5 ans qui applaudit à tout va la moindre envolée de son papa.
Une longue minute passa où les esprits passèrent du marocain d’Adrien aux japonaises de Paris sans trouver le lien commun, mise à part que ces deux infos furent émises à une minute d’intervalle dans la même étable de Kandahar transformée en vestiaire pour une équipe de rugby venant de Paris.
- Et sinon, ose timidement Alexis, les Afghans que l’on rencontre, c’est des Pachtouns, des Pathans, des Tadjiks?
- C’est quoi des Pachtouns ? demande Fano, roi de la question mais qui ne mémorise que trop rarement les réponses.
- C’est un peu comme nos bretons sauf que c’est des bretons Afghans, répond sûr de lui Alexis.
- Y’a la mer en Afghanistan ? Enchaîne Fano, ouvrant l’espace d’une question, l’opportunité de plages pour ces joueurs intrigués d’entendre le nom de la Grande Bleue.
- Je ne crois pas mais avec les Afghans, il faut s’attendre à tout, répond Sébastien, trader la semaine et tout aussi vorace sur un terrain le week-end.
Les Pachtouns, ce n’est pas ce peuple qui veut arrêter de fumer et qui portent des patchs depuis la nuit des temps ?
C’est la blague de trop de Jean-Luc. Celle qui fait passer le poids d’un quidam moyen au statut d’obèse aux yeux de la société ou d’irrécupérable abruti dans d’autres cas. Tous les joueurs se levèrent et enfilèrent leurs maillots, spéciale tournée. Un joli maillot vert RATP avec un énorme poulet rôti dans le dos la place du numéro.

Vous êtes prêts ? demande Charles au milieu de ce semblant de vestiaire, étable à chèvres les autres jours de l’année.
Un “ouais” convaincant retentit pour éviter une probable troisième blague du chômeur longue durée qui scellerait définitivement l’ambiance maussade de l’étable.
Alors voilà dit Charles, debout les jambes légèrement écartées, le buste droit, le short repassé comme une chemise de Gendarme et le regard à la Full Métal Jacket, menton décideur de Marines et regard de Président du Medef.
Tout est permis au niveau du jeu. On peut taper au pied, on pousse les mêlées, deux mi-temps de 40 minutes, autant de changement que l’on veut et bien sur, respect total des décisions arbitrales. Je précise que le terrain est un peu dur. La pluie n’est pas tombée depuis des lustres et contrairement aux apparences, ils ne cultivent pas de pierres ici, elles y étaient déjà. Les gars d’en face sont 47, c’est dire s’il y a de la réserve. Ils viennent en famille et quand ils s’investissent, c’est du grand-père au petit dernier. D’où le régiment prêt à intervenir aux moindres pépins d’un des leurs. Je rappelle que nous sommes 22, que 22, uniquement 22, autant s’économiser dans les rucks sinon on ne finira pas le match, éventuellement sur les moignons ou dans un hôpital. Et les hôpitaux ici, ce n’est pas l’Américain de Neuilly, ça donnerait plutôt envie à un cul de jatte de courir un huit cents mètres pour y battre le record d’Asie. Pour précision, les gonzes du coin sont content de nous accueillir. Cela fait longtemps qu’ils n’ont pas vu des occidentaux sans casques et lunettes infrarouges, M16 sous le bras et char d’assaut à la place d’une Clio. En conclusion, débarquer en short et crampons dans leur bled c’est faire preuve de respect envers leurs traditions rugbystiques.”
Tout le monde hocha la tête pour appuyer les propos de Charles, comme un petit chien sur une plage arrière de voiture, mais peu comprirent le lien entre le respect des habitants du village et venir vers eux en short. Quand aux traditions rugbystiques afghanes, à part l’épisode de Mamoud quai de Valmy, la totalité des joueurs n’osèrent émettre quoique ce soit la dessus.
Maintenant, j’aimerai vous dire deux mots.”
Quelque soupirs de résignation émanèrent du groupe. Les discours d’avant match de Charles sont un copié collé avant chaque rencontre. Dans l’ordre, l’on se bat pour le groupe, le maillot, faut plaquer, éviter de parler et respecter l’adversaire. Une moitié des joueurs attendaient l'inévitable en écoute automatique, yeux mi-clos et l’autre moitié pariait sur le nombre de “quoi” que Charles allait dire sur cinq phrases.
- Les gars, on est un groupe, quoi ! Un groupe de potes, quoi ! On se bat pour son partenaire, pour le maillot ! - à ce moment-là, le flocage de l’énorme poulet rôti dans le dos de la tenue officielle fit surface dans l’esprit des joueurs et mit un doute sur le bien-fondé du combat pour ce symbole culinaire - Faut plaquer les gars, quoi ! Aux jambes, les gars ! Aux jambes j’vous dis, les gars, quoi ! Mais attention, on se bat mais on respect ceux d’en face, hein ? On joue au rugby les gars, quoi ! Pas au football, quoi ! On les respecte dans les règles de l’Ovalie. C’est clair, les gars ! Quoi !”

Dès la fin de la phrase et du dernier “quoi” de Charles, avant même qu’il reprenne sa respiration, un tonitruant “ouais” fusa de l’étable, non pour la qualité du discours trop souvent entendu mais pour sa fin qui libéra la totalité de l’équipe. Les discours de Charles c’est comme la mayonnaise. Juste ce qu’il faut, c’est bon. Trop, cela devient indigeste. Et Charles est un gourmand et explose systématiquement les doses.
Suite et fin au prochain épisode
12:02 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : kaboul, rugby, top 14, équipe de france, stade français, lucho
15.02.2010
Rugby à Kaboul - Episode 1
RUGBY, Tournée en Afghanistan - EPISODE 1
Bertrand mâchait sa colère entre ses dents comme un chewing-gum en fin de vie et il était loin d’être le seul. Non pas à être en fin de vie en mâchant une boule de gum mais de bouillir de rage à travers ses mâchoires carrées. L’ambiance était aussi tendue que l’outil de travail de Rocco Siffredi.
- Qui a eu cette p‘taing d’idée de génie ? martèle Bertrand dans le rôle du manifestant cégétiste Place de la Nation.

Plusieurs joueurs avaient la tête des mauvais jours, celle que l’on affiche, face au juge, après avoir validé le montant de la pension alimentaire à payer tous les mois pour son ex épouse.
- Pourquoi ici ? ruminait Bertrand dans un état frénétique proche d’un consommateur de crack attendant, en vain, l’explication de son dealer du pourquoi de la pénurie de matière première.
- On a tous voté pour, dit Roland sur un ton résigné en feuilletant le Guide du Routard spécial Afghanistan, au chapitre “Les sorties nocturnes à Kaboul”, un chapitre à une phrase.
- D’accord mais de là à convertir nos votes en actes, c’est l’extase du non-sens, le summum de l’aberration, le Fauchon de la bêtise, réplique Bertrand, yeux exorbités, index levé et vengeur, prêt à téléphoner à Europe Assistance pour un rapatriement d’urgence.
- Si on ne respecte pas la décision de la majorité, alors pourquoi voter enchaîne Alain, militant Modem dans la semaine et militant rugby le samedi.
- Mais, je pensais que c’était un gag, une connerie comme on peut en sortir après un repas de fête, l’utopie formulée tout haut après 3 litres de mousse, la folie impensable et pensée au fin fond d’un Pub, une cagade de pote, pas plus, se justifie Bertrand, paumes des mains retournées vers le ciel comme un grossiste du Sentier expliquant à son client, trémolo dans la voix, une hausse du prix du mètre de tissu, maille plissée qualité polyester recyclable.
- Pourquoi cette tournée, les gars ? éructe Salif. Il y a un an, on s’est tapé Bayonne et son jambon. Une tournée avec un Jambon local à nos cotés, c’est une étoile de gagnée sur le Guide Michelin des Tournées de Rugby. Du pur peinard. Et deux avantages majeurs et pas des moindres : le premier c’est le prix des communications téléphoniques à partir du Sud-Ouest qui ne détruisaient pas mon forfait alors qu’ici j’ai l’impression que cinq minutes vers Paris sont facturées au prix d’un sac Vuitton et pas celui de Barbés.
- Ensuite, il y avait des belettes affriolantes dans toutes les rues, un plaisir des yeux et des sens, la récompense du soldat après le match contre les locaux, le bordel de campagne à porté de main, sentiments en bandoulières et préservatif en guise de boussole. Alors, qu’ici, de sexe faible, je n’en ai pas aperçu un seul, même pas l’ombre d’une silhouette furtive, la carence de la gente féminine. A croire qu’ils les cachent dans les caves, conclu Salif dépité de ne pas avoir vu un seul jupon Afghan à Kandahar.

- On est peut être dans un pays qui adopte que des enfants mâles. Va savoir avec les nouvelles modes d’adoption, émet prudemment Nicolas, le seul gay de l’équipe et pas gêné une seconde de ne pas croiser une femme à Kandahar.
- Z’ont pas le Net, ici enchaîne Philippe, très peu de réseau et pas de femme. Tu parles d’un pays ! C’est une chambre d’ascète de séminariste ce bled, et du séminariste motivé, pas de l’amateur de sensations fortes sur une semaine de cinq jours en attendant le lundi pour raconter ses expériences pseudos spirituelles aux collègues de bureau.
- On arrête de passer la brosse à chiotte sur notre choix, les gars. On remise nos états d’âmes de touristes européens paumés au milieu d’une casbah du Sud marocain et on stoppe cette déprime d’allocataires en fin de droits. On va préparer ce match de rugby comme un match de rugby, c’est à dire avec engagement, générosité et...
- Courage, enchaina Antoine.
- Oui, avec courage les filles. C’est clair ? “
C’est Charles qui reprend ses troupes en main après des heures d’adaptations passées aux toilettes depuis Karachi, déclenchées vraisemblablement par un soda local un peu douteux.
Des petits oui à peine plus gros qu’un prématuré sortirent de la bouche des joueurs.
Après 17 heures de vol, 3 escales et 9 heures de bus pour relier Kandahar, le choix assumé de cette tournée de rugby en Afghanistan devenait franchement fatiguant.
- Ecoutez les mecs, la voix de Grand Bertrand, l’autre Bertrand mais plus grand et plus calme, résonne au-dessus des têtes du groupe.
- Je vous rappelle qu’en septembre nous nous sommes retrouvé pour notre Assemblée Générale Annuelle, Chez Nicole, la Queen du Pot au Feu, sacrée Reine 2009 de la Rillettes d’oie pour la troisième années par ses pairs restaurateurs du Nord Parisien et pas par des baltringues de vente à emporter, une Nicole que je ne vous présente plus, chez qui toutes les décisions sont prises en commun, de la plus insignifiante comme la couleur des chasubles à l'entraînement à la marque de gel douche.
- Nous avons débattu de notre future tournée avec une bouteille de Nero d’Avola par personne, un nectar de vin Sicilien qui nous a ouvert l’esprit aux subtilités de la communication de groupe, sans compter les pintes de bières vidées à l’apéro en accompagnant le kilo de cacahuète, un peu salé, d’où l’apport de houblon en masse. Après les digestifs à la pomme de Normandie pour conclure notre AG sur une note positive, j’en viens enfin aux quelques villes nominées par le groupe, Beauvais et Kandahar.
- Je ne sais plus qui a lancé cette dernière mais nous avons tous levé le bras pour validation. Kandahar a gagné haut la main et Brice a réservé les billets d’avion. Gérard a déniché une équipe, le TROU, Team Rugby Omar Union, un groupe d’Afghans passionnés par le monde de l’Ovalie et subventionné par l’ONU et 3 autres ONG dont Taille Crayon Sans Frontière ce qui m’a toujours étonné pour cette dernière, passons, exposa Grand Bertrand sur un ton sur-optimiste de jeune professeur affecté pour la première fois en Zone d’Education Prioritaire, en espérant que toutes ces têtes d’enterrements se changeront en tronbine de jeune marié avant la première nuit de noce.
- Si on ne change pas nos habitudes oenologiques et de votation, la prochaine tournée nous amènera probablement à Pyongyang glisse Anatole, journaliste dans un gratuit et nettoyeur de mauls le samedi.
C’est la phrase qui décida irrémédiablement les joueurs de voter à la Badoit à la prochaine réunion de choix de tournée.
Des doutes étaient apparus quand le trésorier du club, Laurent, expert-comptable dans la vie normale de tous les jours et ailier véloce sur le terrain, avait collecté les chèques de 2500€ d'acompte. Puis notre président Raoul avait demandé à chacun de préparer son visa et de vérifier la validité de son passeport.
Toute l’équipe avait été à l’ambassade d’Afghanistan en se disant que, décidément, ce Président est vraiment impayable. Quand il fait un gag, il le fait jusqu’au bout.Pas le genre eau tiède dans un mug à thé pour mémère.

Le rendez-vous à l’Ambassade d’Afghanistan, rue Raphaël dans le 16eme arrondissement fut une occasion de découvrir des visages d’employés que l’on ne voyait qu’à la télé, bardés de lance-missiles en guise de smartphone et regard noir brûlant à faire fondre la banquise et ses ours blancs dessus.
Nous nous sommes aperçus qu’ils portaient un simple stylo à la place de l’évidente Kalachnikov et une multitude de tampon en guise de grenade et tous affichaient un regard assez similaire et aussi peu concerné par le travail auquel ils sont conviés que nos fonctionnaires du Service Redevance et Taxe d’Habitation.
C’est à l’aéroport de Roissy que nous avons appris notre trajet - Paris Munich - Munich Damas - Damas Karachi - Karachi Kaboul et Kaboul Kandahar. La dernière étape en bus. Cinq jours de voyage, cinq jours de bonheur d’être avec son groupe de potes mais cinq jours de galère.
Surtout qu’à la douane de Damas, la charcuterie des joueurs, réserve alimentaire de survie pour en-cas, quatre heures et apéritifs, fut confisquée par de zélés douaniers intransigeants sur la hallalité des bagages. Toute une gamme de coppa d’Italie en passant par des Bresaola de Valtellina et de Prosciutto de Parme ont finit leur vie de charcuterie haut de gamme, sans même être entamée, dans une poubelle de la zone d’embarquement. Un génocide culinaire
A SUIVRE...
22:47 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rugby, top 14, afghanistan, kaboul, boutique de lucho, tournée ovale
23.01.2010
Rififi au Paradis
- Mélée Messieurs ! Et dernière action avant la fin du match.”
L’arbitre prend la bonne décision. Cette mélée est idéalement placée à 5 mètres de l’en but adverse et de plus, elle est pour nous. Garder frénétiquement la balle quand on est à terre est sanctionné. Le pilar d’en face, je l’avais répéré, un physique en forme de container pour verre à recycler avec deux verrins à la place des bras et une facheuse habitude de faire des fautes de poussins. Il prend l’arbitre pour Steevie Wonder. Pas de chance, c’est une vraie caméra de suveillance, ce gars.
Notre neuf, un petit freluquet tout sec qui manie ses gros comme Bocuse ses casseroles, se saisit de la balle et annonce une Van Gogh. C’est une combinaison de chez nous, rugby folklo millésime 2010, version 17.6 et qui, de temps en temps, fait ses preuves à l’entrainement, ce qui est loin d’être un gage de réussite en match. Tout réside dans la bonne sortie de la boule et du huit qui doit s’arracher avec et déblayer tout ce qui se trouve devant lui, sans machette.
Le ballon entre dans cette forêt de jambes et sort directement sur ce huit qui, ayant compris le clin d’oeil très appuyé du neuf, s’en va transpercer un mur humain. Blam ! Et le voilà à terre avec toute une flopée de potes portant le même maillot et le protégeant tant bien que mal contre une autre flopée de joueurs en shorts ayant le même mailllot mais différent du nôtre, empêcher notre ostrogoth de faire des siennes.
20:01 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : rugby, dieu, top 14, paris
11.01.2010
Stade Français vs Biarritz
Dimanche 10 janvier - 18eme journée du Top 14 - Victoire du Stade Français Yeahhhhhh !!!!!
Une victoire au Stade de France contre Biarritz c’est le meilleur moyen de passer une bonne semaine et de donner du sens au lundi. Le Stade Français touché de plein fouet par une neufphobie aigüe, a réussi à battre dans son antre spéciale grands rendez-vous, la brute Biarrotte. Une neufphobie est une calamité assez rare mais qui, quand elle frappe une équipe de rugby, la destabilise au point de la ramener à une simple équipe de badmington. Une équipe sans numéro 9 c’est un cassoulet sans saucisse, un bar de nuit sans fille ou une fête à Munich sans bière. C’est dire le niveau de déprime dans les couloirs du stade Jean Bouin.
Cela a commencé avec Julien Dupuy qui s’est pris pour Guy Degrenne, grand créateur français de couverts de table, au cours d’un match de Coupe d’Europe face à l’Ulster. Deux fourchettes dans le même match contre le même joueur irlandais et c’est 6 mois d’arrêt dans les dents. Sévère ? Oui, mais quand on connait les règles, on se doit d’être plus discret pour régler ses comptes.
Du coup, le staff place Oeschlig en 9 pour le match du Top 14 contre Montpellier.
12:45 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : rugby, top 14, paris, lucho
04.01.2010
Mon match contre les Sous-Bocks
Des matchs de rugby, j'en ai vu et j'en ai joué. J'ai failli, par amour pour mon club fétiche, faire un compte rendu du Stade Français contre Montauban. Mais un match qui se termine par score string 6 à 6 ne mérite pas plus de deux lignes. Du coup, je vais vous raconter mon match à moi. Celui auquel j'ai participé avec mes potes en me prenant pour Roncero.
Samedi 10 octobre 2009. Match Sous Bocks vs Potos - Stade La Grenouillère - Temps ensoleillé. Terrain superbe - 1 spectateur, Macbau - Arbitre partial - Score 3 à 2 pour les Bocks - Essais de Francky et Steeve - Vestiaire bio - Très peu de bière - Bonne ambiance générale mais match tendu - Début du match 11H - Premier Potos présent, Fano 9H17 - Entrée gratuite.
Demander à un pilar de faire un résumé de match c’est demander à un égoutier du temps qu’il fait à la surface.
17:34 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
La boutique décalée du rugby Français : http://lucho.spreadshirt.fr/
Une boutique qui vend tout ce que vous aviez plus ou moins imaginé et que vous n'avez jamais formulé devant un vendeur.
Des maillots dans l'esprit rugby, des accessoires à offrir à mémé et des strings plus que sexy pour vos copines.
Ce n'est plus une boutique, c'est une opportunité !
12:05 Publié dans Shopping | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : maillots de rugby









